Oui, il est convenu de dire que « l’Etat a été faible et a cédé devant la violence et les zadistes ».

Sans la radicalité de ces derniers et leur action hors la loi, les travaux auraient commencé depuis longtemps. Mais, en réalité –et même s’il s’agit bien d’une question de rapport de force-, cette affirmation est trop simple. Et même fausse ! Il ne s’agit pas juste de squatter mais de  militants d’une cause qui, par sa nature et l’écho qu’elle rencontre dans la société, créent une situation qui les a rendus invulnérables et inattaquables. Ce ne sont pas leurs armes de fortune, leurs soit-disant pièges à flics, leur tour de guet futuriste et médiévale à la fois qui ont fait reculer la police… les zadistes auraient facilement pu être évacués, mais la société dans son ensemble, même très agacée par eux, ne comprendrait pas qu’un policier risque sa vie pour une piste d’aéroport décidée il y a 50 ans, qu’un écologiste, même exaspérant, soit tué pour avoir tenté de sauver une zone humide. 

Ce ne sont pas des djihadistes ! Là, la société aurait toléré… et même exiger que des policiers risquent leurs vies et que les djihadiste soient tués. 

L’actualité montre que nous sommes prêts à utiliser la violence pour nous défendre. Sans faiblesse aucune.

 Oui mais le propre d’une démocratie, c’est le discernement dans l’utilisation de la force. Et il est intolérable (et ça se produit pourtant plus souvent qu’on ne le croit) que des militants écologistes, même radicaux, soient fichés S, comme des terroristes… le revirement des deux têtes de l’exécutif sur NDDL n’est pas la preuve d’un manque d’autorité, c’est l’évaluation juste de la façon dont l’autorité doit être exercée. Parfois, les moyens qu’il faut déployer pour rétablir l’ordre public risquent de créer encore plus de trouble à l’ordre public ! Un trouble à l’ordre public ne se mesure pas en dégâts matériels ou en nombre de victimes mais en dégâts matériels et nombre de victimes tolérables par la société, par rapport aux causes défendues. Personne ne déplore la mort des terroristes de l’immeuble littéralement détruit par la police à Saint-Denis en 2015… Mais tout le monde déplore la mort de Rémi Fresse à Sivens. La violence politique des militants est, de fait,  condamnable, à des degrés divers qui ne dépendent pas uniquement des lois, mais aussi des circonstances et de la résonance de leurs combats pour le reste de la société. Qui dirait aujourd’hui qu’il aurait fallu réprimer violement les militants du Larzac ? Qui dirait même qu’ils avaient tort ? La violence légale, elle, (légitime, pour reprendre le terme de Max Weber) doit être constamment évaluée et questionnée dans un état de droit… Et l’autorité n’est pas toujours là où l’on croit. C’est par exemple justement par un manque d’autorité et de caractère que le gouvernement est violent, outre mesure, avec les migrants à Calais ou dans les Alpes. La violence légale qu’il aurait fallu déployer pour déloger les zadistes a été rendue inacceptable par la justesse et la popularité de leur cause, en général. C’est donc d’abord la cause des écologistes qui a gagné, pas leur violence, toute relative d’ailleurs !    

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