Cette semaine, Laurent Fabius, Martine Aubry et Ségolène Royal dévoilent leur contribution pour le congrès du Parti Socialiste. Un premier pas dans un climat qui s’alourdit. Et c'est avec une certaine gourmandise que j'écoutais hier Martine Aubry expliquant que les socialistes « doivent se respecter plus. » Et on a envie de la prendre au mot, Martine Aubry. Le respect, ce serait d'abord celui des personnes. Va-t-on rejouer ad vitam aeternam Sainte Blandine - Royal jetée dans la fosse aux éléphants ? L'ex candidate à la présidentielle n'a pas volé, que je sache, sa désignation massive en 2006. A-t-elle démérité à ce point, en 2007, a t-elle trahi à ce point pour lui faire un procès permanent en illégitimitude alors qu'on recycle en loucedé, dans tous les textes, la plupart de ses thèmes ? Certes, Ségolène Royal l'a beaucoup trop dit haut et fort : elle n'aime pas les éléphants et vice versa mais on frise quand même le déli de sale gueule. Va-t-on frapper d'indignité nationale François Hollande ? Certes, Hollande, prince de l'enfumage, a embourbé le calendrier pour son intérêt personnel, générant en parti ce climat délétère. Mais osons rappeler, qu'en avril 2002, quand tout partait en barigoule, c'est lui qui s'y est collé, lui qui a tenté de maintenir, bon gré mal gré, un semblant d'unité. Et ceux qui moquent à longueur de journée ses synthèse molles ont été les premiers à signer des 2 mains et des 2 pieds ces synthèses. Va-t-on reprocher à Bertrand Delanoé ses ambitions ? Certes, le couplet sur le bon élève socialiste nous fait doucement rigoler. On a oublié la campagne de Paris en 2001, le mépris général pour ce petit chose, qui avait l’outrecuidance de vouloir conquérir la capitale. Delanoé a toujours gardé un pied dedans un pied dehors. Mais aujourd'hui, même si sa popularité ne fait pas encore bouger les lignes dans les fédérations, il a parfaitement le droit de postuler à la direction du PS et plus si affinité. Va-t-on enfin reprocher jusqu'à la fin des temps à Martine Aubry ses ambitions ? Certes, la dame des 35H est certainement la plus vacharde à l'égard de ses camarades. Cette dent dure qui l'a souvent perdue. Mais elle n'a pas démérité et a bien le droit d'aspirer à autre chose qu'à la mairie de Lille. Le respect, ce serait aussi celui des militants. Imaginez ce qu'ils ont enduré ces militants, depuis 3 ans. Un référendum européen destructeur, une primaire abominable, une présidentielle dans l'adversité et un congrès aux dés pipés. Tu m'étonnes qu'ils boudent un peu. On l'a vu à Lille jeudi dernier : l'affiche Aubry-Delanoé a rameuté 200 personnes à tout casser. Manière de dire, peut-être : vous nous faites tous suer ! Le respect, c'est enfin celui des électeurs. Combien de temps accepteront-ils de se tourner vers un parti qui est d'abord obsédé par lui même et ne vit qu'au rythme de lui-même ? Certes, on nous ressortira les victoires municipales. Mais, rappelons que le taux d'abstention n'a jamais été aussi élevé. Voilà un sacré signal d'alarme mais il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Tout est en fait bloqué. Personne aujourd'hui n'a de majorité mais personne n'est disqualifié : pas plus Delanoé, Aubry que Royal. Ils ont donc le choix des armes. Décider, coûte que coûte, de faire de ce Congrès de Reims un grand moment de démocratie et de clarification, ou passer totalement à côté, s'enfermer dans des faux débats sémantiques et des véritables haines personnelles. En se coupant du pays réel qui un jour, pourrait être tenté de leur dire zut ! Parce que rien n'est éternel. Une chronique de Françoise Degois.

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