Hier, le Président de la République était donc à Versailles, et le lieu - Versailles - c'est finalement la chose la plus importante à retenir puisqu'à part l'emprunt aux contours encore imprécis, il n'y a pas eu d'annonces particulières. Versailles était donc Versailles ! Versailles comme écrin du prestige du président. Versailles aussi comme cimetière du premier ministre, puisque le discours d'hier avait tout d'un discours de politique générale. Le président y a même annoncé un prochain remaniement du gouvernement. Mais qui se souvient que la constitution dit que c'est le premier ministre qui soumet au président la composition de son gouvernement ? Ce ne serait qu'un détail insignifiant si le premier ministre n'était pas responsable devant le parlement. Or, cette nouvelle situation, la concentration des pouvoirs et de la conduite, même journalière, des affaires de l'Etat par l'Elysée, fait que celui qui est responsable devant le parlement n'est pas celui qui gouverne, puisque celui qui gouverne, c'est maintenant aussi celui qui préside. Bon, ce n'est pas non plus un drame qui remet en cause la démocratie, c'est, disons : moins de clarté dans la séparation des pouvoirs qui déjà n'est pas notre fort au pays, pourtant de Montesquieu ! Que dire sur le fond du discours ? On l'a bien compris, il ne s'agissait certainement pas de faire un catalogue. C'était un discours de mi mandat, un discours de crise destiné à tracer des perspectives pour la sortie de crise. Et là encore, comme à Genève la semaine dernière devant l'OIT, il apparaissait clairement que le modèle français, le modèle social français, était décrit comme, non seulement un atténuateur des effets de la crise mondiale mais aussi comme un modèle référence, qu'il fallait renforcer. Alors on peut recommencer à souligner le salto-arrière qui consiste à dire aujourd'hui que notre modèle est protecteur face à la mondialisation alors qu'avant, on disait qu'il nous empêchait de nous adapter à cette mondialisation. Ce qui est remarquable (au sens, que l'on remarque le plus) c'est finalement de constater que le président, pour tout ce qui est économique et social a tenu un discours de consensus. Il a même fait référence au CNR, le Conseil National de la Résistance qui avait élaboré, dans la clandestinité et dans une tentative d'unité Républicaine, un modèle d'économie mixte et de solidarité. Ce modèle, Nicolas Sarkozy s'en fait aujourd'hui le chantre. C'est un discours rassurant que Le Président finalement répète et rode depuis que la crise s'est abattue sur la France. Pour une grande part, il pourrait être tenu par un président de gauche. Finalement, on a beaucoup reproché au Président de la République, dans un premier temps, de cliver pour régner. C'est un procès que (dans ces domaines en tout cas) on ne peut plus lui faire. Ce qui ne devrait pas faciliter la tâche de l'opposition. Sur ces sujets, c'est vrai que si l'opposition se contente de souligner la contradiction entre les mots d'aujourd'hui et les discours d'hier, ou entre le discours d'aujourd'hui et l'action d'aujourd'hui, elle dirait, en même temps, et en creux, que ce discours est bon. Du coup, la gauche devra faire une gymnastique intellectuelle dont elle n'a pas encore démontré qu'elle en était capable. Plutôt que de dire que le discours du président n'est pas bon, ou qu'il est vide parce qu'imprécis, elle serait sans doute plus avisée et plus efficace si elle disait tout simplement : chiche. Nicolas Sarkozy veut redéfinir la distribution des bénéfices pour en faire profiter ceux qui travaillent : chiche ! Le président veut pousser au maximum la taxe carbone ! Chiche ! Il renonce à la discrimination positive par des critères ethniques et parle maintenant de critères sociaux ! Chiche ! Ces trois exemples parmi d'autres étaient au programme de la gauche. Il reste cependant des champs d'opposition, à l'ancienne, frontale, plus classiquement gauche-droite, c'est la justice par exemple ! Là, le discours et les projets sont identifiés et loin de toute recherche du consensus.

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