Cette affaire pose plusieurs questions et apparaît comme un cas d’école. Au-delà de la bataille politique qui s’est illustrée hier à l’Assemblée, il y a à réfléchir sur la déontologie du pouvoir et sur la déontologie (ce n’est pas un gros mot) de la presse. Hier, Jean-François Copé, à ce micro, semblait nous reprocher, ou plutôt nous inviter à nous poser la question de savoir si nous n’en faisions pas un peu trop, sur le fait de diffuser –par exemple- des enregistrements clandestins, effectués par le major-d’homme de Liliane Bettencourt, a l’insu de sa patronne, des enregistrements édifiants qui nous font entendre le conseiller financier de la milliardaire lui suggérer de financer l’UMP pour s’acheter des amis haut placés ou lui faire part de ses conversations avec l’Elysée sur une affaire judiciaire en cours. Jean-François Copé nous demandait de nous poser la question du bien-fondé de critiquer le comportement d’un ministre à qui la justice n’a rien à reprocher. C’est vrai que la justice n’a rien à reprocher au ministre ni à sa femme, mais si l’on interroge Eric Woerth dans cette affaire, ça n’est pas en lien avec une mise en cause par la justice mais c’est plutôt dans le cadre d’une sorte de déontologie de la politique. Dés lors, puisque que politique et journalistes se renvoient chacun à leur déontologie, parlons en : les bandes sonores récupérées par le site d’infos en ligne Médiapart (que l’on a entendu sur les radios mais très peu à la télé) sont des objets journalistiques tout à fait conformes à l’exercice de notre métier. Médiapart est un site internet composé de journalistes professionnels. Ils ont obtenus cette bande, ils ne l’ont pas volée, ils ont vérifié sa véracité et ils ont jugé leur source fiable. Et cet enregistrement apporte des tas d’informations ! Des informations très éclairantes sur la façon dont une partie du monde économique et financier utilise le monde politique. Et sur la façon dont une partie du monde politique se laisse volontiers ainsi utiliser. Il s’agit de puissants économiques et de puissants politiques qui s’entendent ou au moins s’instrumentalisent. Affirmer qu’avoir réussi à dégoter ces enregistrements et les diffuser est un bon coup journalistique doublé d’une opération salutaire du point de vue de la démocratie ne veut pas dire qu’il faille se transformer en espion et systématiser ce genre de pratiques mais l’investigation journalistique a ceci de compliqué qu’elle passe forcément par les marges de la déontologie. Victor Wallraff, ce journaliste Allemand qui s’est déguisé en travailleur turc pendant des mois dans les années 80, avait caché son identité pour révéler des pratiques quasi esclavagistes de certains patrons de l’époque. Il n’a pas respecté formellement la charte des journalistes qui préconise de ne pas dissimuler son identité pour obtenir des informations, tout comme Florence Aubenas pour écrire son dernier livre et de ce point de vue, ils ont commis une entrave à une certaine acception de la déontologie. Sont-ils moins journalistes, comme ceux qui ont sorti le fameux enregistrement que –par exemple-les responsables du 20 heures de TF1 de lundi qui n’a même pas évoqué l’affaire Bettencourt dans les titres du journal ? La réponse est évidement dans la question. Il ne faut certainement pas tomber dans une forme de fausse tyrannie de la transparence, celle qui invite dix caméras à visiter la salle de bain de l’appartement de fonction d’un ministre ; mais on peut bien, au moins poser la question, au vu de ce que révèlent les bandes sonores diffusées par Médiapart, la question de savoir s’il n’est pas un peu contraire à la déontologie (du pouvoir, cette fois ci) que l’épouse du trésorier du parti majoritaire, devenu le ministre du budget, soit embauchée pour être en charge des investissements des dividendes de la plus grosse fortune de France !

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