L’enjeu réside maintenant en une vaste opération de communication. Il s’agit avant tout d’éviter les syndromes Péchiney et Florange, deux épisodes emblématiques de l’impuissance publique. Il s’agit, pour les politiques de nous convaincre qu’ils ont évité le pire, sauvé un fleuron, transformé une captation en un partenariat! Mais avouons qu’il nous est vraiment difficile, à chaud, de savoir ce qu’il en est. La seule certitude c’est que, pour une fois, l’exécutif a évité les couacs et su masquer ses dissensions. Le désaccord Hollande/Montebourg (l’un étant plutôt pour GE et l’autre pour Siemens) a même permis, selon l’histoire officielle, de faire monter les enchères pour le maintien de l’emploi en France. Ce qui, dans un autre contexte aurait été lu comme une divergence est présentée, ici, comme une complémentarité. Bien joué. Mais sur le fond, la solution trouvée constituent-elles un affaiblissement, ou pas, de la France dans la mondialisation ? Si la grande industrie enfume moins l’atmosphère que par le passé elle est restée maitresse de l’enfumage en matière d’information. Toute cette affaire à quelque chose d’embarrassant pour nous, les journalistes. Nous sommes, noyés sous la communication hyper puissante et immensément riche de l’industrie. Une com’ d’autant plus efficace que la complexité de ce genre de dossier, qui se traitent dans le secret de cabinets d’avocats d’affaire, rend son décryptage aléatoire et long.

L’Etat a quand même changé la donne !

Oui mais jusqu’à quel point ? L’entrée de l’Etat au capital d’Alstom, les consultations des patrons à l’Elysée, déguisées en convocations autoritaires, ressemblent à s’y méprendre à un grand théâtre dans lequel les industriels (qui ont besoin de l’ombre) laissent aux politiques (qui ont besoin de la lumière) les rôles d’avant-scène. Les industriels savent bien que faire croire que le président et les ministres concernés ont les manettes bien en main, fait partie des étapes obligatoires. L’entrée de l’Etat au capital d’Alstom apparaît aussi comme une concession des industriels aux politiques, et de François Hollande à son ministre de l’économie, pour singer le retour du politique. Une concession de 2 milliards dont on ne mesure pas non plus le réel intérêt. Arnaud Montebourg aura au moins réussi à faire passer un décret qui permet à l’Etat de bloquer des mouvements de capitaux qui toucheraient des domaines sensibles. Ce n’est pas rien. Mais avant de bien comprendre ce qui s’est passé sur le dossier Alstom et d’en évaluer l’impact réel sur notre industrie, il va falloir enlever plusieurs couches de papier peint de communication. Et il y en a une sacrée épaisseur ! Quand on sait, par exemple qu’Euro RSCG, avec, à la manœuvre Stéphane Fouks, grand communicant, très proche de Manuel Valls, était aussi le conseil de Général Elecric sur ce dossier, on comprend comment l’habillage final a pu être bien ficelé pour que l’Etat et la France, n’apparaissent pas comme une victime de ce qui est pourtant, une perte d’influence, une perte de contrôle d’un pan stratégique de notre industrie.

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