Retour de la polémique sur l’attitude de la justice. Le jugement doit être rendu lundi prochain. Avec cette étrange question : la justice a-t-elle été trop vite ? Personne ne l’accuse d’avoir été expéditive (l’un des pires affronts que l’on puisse faire à cette institution). Alors, a-t-elle été trop vite ?

C’est-à-dire plus vite que pour tous les cas comparables auparavant ! Mais auparavant on ne cessait, à juste titre, de se  plaindre de sa lenteur quand il s’agissait d’instruire le cas des puissants.

Dans combien d’affaires impliquant des politiques  avait–on l’impression que la justice se hâtait lentement ? Les avocats  savaient jouer des méandres de la procédure pour nous y perdre ! Jacques  Chirac étant le cas le plus hallucinant. Et puis il y eu le cas Cahuzac. Après ce traumatisme fut créé le PNF, le Parquet  National Financier et l’OCLIF, une unité de police spécialisée.

Quand  le Canard Enchainé révéla l’affaire Pénélope Fillon, heureusement que la  justice a été prompte. On était à quelques semaines de la présidentielle ! L’a-t-elle été en dehors du droit, sous  pression illicite ?

Le Conseil supérieur de la magistrature, à la  demande d’Emmanuel Macron, va vérifier si les fameuses pressions dont  dont les fillonnistes parlaient en interprétant à leurs façon les propos l’ex-patronne du PNF,  en étaient vraiment. La rapidité avec laquelle il a été estimé qu’il  fallait mettre François Fillon en examen résulte aussi, pour beaucoup,  de la simplicité extrême de cette affaire : pas de circuits financiers complexes à démêler dans le monde entier, l’évidence d’un salaire familial versé aux frais du contribuable pour aucun travail  pendant de longues années.

L’attachée parlementaire Pénélope Fillon ne  mettait jamais les pieds à l’Assemblée, n’y avait ni badge, ni boite mail. D’ailleurs madame Fillon disait ne pas s’intéresser à la politique. Il n’y a pas plus simple comme enquête. Et  l’accusation portée par les Fillonistes selon laquelle la nomination du  juge Tournaire, juge particulièrement coriace, engagé politiquement, est  un classique de la défense désespérée… Quand le temps presse et que l’affaire est simple… Pourquoi trainer ?    

Que ce serait-il passé si François Fillon n’avait pas été mis en examen avant l’élection ?

Sans  doute pas grand-chose de différent tant les faits semblaient, pour le  grand public, établis. La simplicité de l’affaire, encore une fois… Mais supputons : mettons-nous dans l’hypothèse que ça ait  trainé, comme d’habitude… et que François Fillon ait été élu… dans  quelle situation serions-nous aujourd’hui ? Des faits établis et l’impossibilité de mettre le président en examen en raison de l’immunité présidentielle ! Un immense sentiment d’impunité ! 

Un  président dont tout le monde saurait qu’il a triché pendant des années  demanderait (c’était son programme) des efforts budgétaires et sociaux aux Français ? Entre la lenteur critiquée (mais habituelle) et une célérité inhabituelle, réclamée depuis des années,  enfin appliquée, que vaut-il mieux ? Rien que d’imaginer la situation  politique si François Fillon avait été élu dans ces conditions, dans le profond contexte de défiance que nous connaissons et une telle crise de la représentation… la réponse est évident

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