On s’achemine donc vers des primaires au PS dominées par un duel Aubry/Hollande.Du coup, il faut commencer à se demander quelle est la différence entre ces deux là. Politiquement d’abord : à vrai dire, pas grand-chose. Ce sont tous les deux des enfants de Jacques Delors… pour la première c’est biologique. Le second parce qu’il fut l’un des principaux animateurs des clubs (deloristes) Témoins créés en 1992. Idéologiquement, ces deux énarques de la même génération (ils ont quatre ans de différence) sont des sociaux-démocrates, attachés à l’équilibre des comptes autant qu’à un certain interventionnisme. Le programme du PS est le résultat de négociations entre les différentes tendances. Si Martine Aubry gagne les primaires, elle y apportera quelques modifications. On sait notamment qu’elle est favorable à une sortie du nucléaire et non pas à une sortie du « tout nucléaire ». De son côté, les principales différences entre ce que propose François Hollande et le programme du PS se trouvent dans les détails de la réforme fiscale. Pas de quoi (sauf donc, peut-être sur la question du nucléaire) mais globalement, pas de quoi alimenter de passionnants débats idéologiques entre les partisans de la première secrétaire et ceux de son prédécesseur à la tête du PS. Pourtant Martine Aubry a une image plus à gauche que François Hollande. C’est un effet d’optique. L’image plus sociale de Martine Aubry vient du fait qu’elle fut la ministre chargée des 35 heures (François Hollande y était tout aussi favorable). Mais Martine Aubry dirige Lille avec le Modem. Son discours a des intonations sociales fortes alors que celui de François Hollande a des accents plus industrialistes… Quoique ! Martine Aubry, ancienne numéro deux de Pechiney se plaît à défendre les PME et c’est François Hollande qui a dit qu’au-delà de 4000 euros par mois, on était riche. En réalité, il faut être un entomologiste pour déterminer qui est le plus à gauche ou le plus à droite des deux! Sur quoi les électeurs des primaires vont-ils se déterminer ?L’expérience ministérielle ? En avoir comme Aubry peut être un atout. Ne pas en avoir comme Hollande est gage de renouvèlement. La différence va donc se faire au fil des mois, non pas sur un fondement politique mais sur des impressions. La « présidentialité » de chacun. La fameuse « équation personnelle ». Les aléas de l’actualité, la façon qu’aura chacun de réagir aux événements va prendre de l’importance. Parmi ces aléas, il y a l’affaire Strauss-Kahn. Les socialistes vont devoir vivre avec, osciller entre soutien et dégoût. Ils seront jugés et départagés aussi à leur façon de réagir à cette affaire qui bouleverse tout le monde. Ça va leur coller aux basques d’autant plus qu’ils ne s’opposeront pas sur la fiscalité, la sécurité ou l’emploi. Prenons l’info du jour : quelle va être la réaction de Martine Aubry ou de François Hollande sur cette traque au mensonge entamée, à grand frais et parait-il jusqu’en Guinée, par les avocats de DSK pour mettre en doute l’honnêteté de la présumée victime, immigrée et pauvre ? Ces questions quotidiennes vont prendre de l’importance, tout comme la communication, dont pourtant ces deux personnalités n’abusent pas d’ordinaire. C’est assez paradoxal, mais les socialistes qui critiquent la trop grande personnalisation du pouvoir, due à nos institutions et à la gouvernance sarkozienne, vont devoir accentuer ce trait pendant leurs primaires.

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