L’Autriche porte un parti d’extrême droite à 50%. Nicolas Sarkozy, hier soir, prévient : « voilà ce qui arrive quand la gauche et la droite se confondent… »

Il n’est pas le seul, beaucoup d’autres à droite et à gauche (dont F.Hollande) considèrent que, comme en Autriche, l’effacement du clivage gauche/droite provoque une poussée populiste. Une fois que la gauche, puis la droite, plusieurs fois, puis la gauche et la droite ensemble, ont échoué, ce serait forcément le tour des extrêmes. Les tenants du maintien en l’état du clivage gauche/droite en France ont gagné un point. N.Sarkozy vise A.Juppé qui dit vouloir gouverner au delà des limites de la droite, en cas de victoire contre M.Le Pen, avec –forcément- des millions de voix de gauche. De même E.Macron dit se situer au delà du clivage droite/gauche. Imaginons donc qu’Emmanuel Macron ou Alain Juppé l’emporte l’année prochaine… et, comme leurs prédécesseurs, déçoivent. On se retrouverait, si l’on suit le raisonnement, en 2022, dans la situation autrichienne : les Français se tourneraient vers une force exogène. La plus puissante étant le FN.

La logique paraît imparable !

Pas tant que ça ! Elle paraît un peu trop mécanique. Pour l’instant c’est ce clivage droite/gauche qui a fait progresser le FN. Surtout le fait de le sur-jouer au moment des élections. Faut-il continuer à outrer les différences entre le centre-droit et le centre-gauche de façon artificielle pour singer un débat ? Ce clivage, que Nicolas Sarkozy et François Hollande veulent nous rejouer, est-il le plus pertinent pour offrir un choix adapté au monde tel qu’il va ? L’ancien président « droitise » son discours sur les questions d’identité et d’immigration. De son côté, François Hollande réfléchit à la meilleure façon d’incarner, à nouveau, un point d’équilibre de la gauche…qui sera forcément plus à gauche que son action actuelle. C’est sans doute aussi ce théâtre d’ombres qui participe à la popularité du FN. Mais, en Autriche, ce n’est pas l’impuissance des gouvernants qui pose problème (le chômage y est au plus bas). La source du FN, chez nous, ne serait-elle pas que justement le clivage droite/gauche tel qu’il est entretenu, autour de totems identitaires de chaque camp, par des institutions et des habitudes de gouvernance auto-bloquantes, rend toutes possibilités de réformes (et de droite et de gauche) impossibles dans le monde tel qu’il est devenu. Pour l’instant nous n’avons pas la preuve qu’une collaboration d’une certaine droite et d’une certaine gauche ne produirait pas des effets « débloquants ». Et puisque la démocratie c’est le choix, c’est à la gauche et à la droite de reformuler leur offre, en l’adaptant aux enjeux d’aujourd’hui : la fin du salariat, la déconnexion entre production et richesse, le réchauffement climatique, l’immigration forcément massive, le besoin de démocratie horizontale. Visiblement, sauf à penser que les électeurs FN sont tous des racistes, que les «Nuit debout» n’ont rien dans le crâne et que les abstentionnistes sont des égoïstes… c’est bien la nature du clivage et, non pas le clivage lui même, qui est en cause. Ne soyons pas pessimistes : j’ai quelques doutes mais il n’est pas encore certain que la présidentielle ne soit pas l’occasion, et pour la droite, et pour la gauche, de vraiment reformuler leur offres respectives.

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