Elections européennes, campagne nationale...

C’est comme ça depuis 1979, 1ère élection européenne au suffrage universel. Même quand on parle d’Europe (que l’on soit europtimiste ou eurosceptique),   le débat tourne toujours autour de la meilleure façon de faire prévaloir les intérêts de la France au sein de l’Union. L’Europe, une France en grand. Chacun promet qu’il va à Strasbourg, non pas en vertu d’un projet européen, mais pour être le meilleur ambassadeur du modèle français! Il promet d’obtenir plus d’aides, moins de contributions. Le grand truc (pour les pro-Europe), c’est d’affirmer qu’il faut une convergence fiscale, sociale, environnementale. Derrière ‘convergence’, entendez ‘vers nos critères’ bien-entendu. Cet argument, depuis 9 scrutins, est usé. En fait, ça converge autant que ça diverge ! Notamment sur la fiscalité ! Les souverainistes ont beau jeu de le souligner. Mais ces derniers aussi ont des arguments fatigués. De Chirac 79 (il était pour l’Europe des Nations) à Marine Le Pen et JL.Mélenchon aujourd’hui, en passant par Villiers, Pasqua et Le Pen JM, tous affirmaient qu’ils allaient renégocier les règles de l’Union pour faire accepter nos déficits et nos spécificités. Quand les sujets  ne sont pas nationaux (sanctionner le président ou s’opposer à l’extrême-droite), ils sont faussement axés sur l’Europe. Pourquoi en serait-il autrement puisque dans la société il n’y a pas de débats à proprement parler européens. Nos polémiques intellectuelles, économiques, sociétales sont toujours nationales (s’intéresserait-on à l’affaire si Vincent Lambert était polonais ou italien ?) Quand on parle de règles européennes, c’est toujours sous l’angle de la contrainte imposée, comme si elle venait d’une entité étrangère et invasive ! La Nation reste le siège de la légitimité politique dans l’esprit de tous européens.

Il n’y a pas donc d’opinion publique européenne.

Non... et rien n’est fait pour qu’il en ait. Certains partis (LREM et Génération.s) ont fait l’effort de prendre des étrangers sur leurs listes. Nicolas Barnier, fils de Michel Barnier, est candidat sur une liste belge. C’est marginal. Benoit Hamon propose la possibilité d’une citoyenneté européenne mais qui, dans l’état actuel de la puissance des Etats-Nations, serait symbolique. Le constat, au bout de 40 ans de démocratie européenne, c’est que la légitimité politique de l’Union est très faible. Jack Lang, qui fut le directeur de campagne de la liste PS en 1979, qui est aussi professeur de droit constitutionnel, considère aujourd’hui que c’était une erreur d’avoir institué le suffrage universel pour désigner les députés européens, qu’il eut été plus clair que chaque Assemblée nationale envoie un contingent de parlementaires à Strasbourg. Solution d’un chacun pour soi national assumé. La solution eut peut-être été de faire du territoire européen une vaste circonscription avec des listes forcément et fortement transnationales, afin qu’émergent une gauche, une droite, des écologistes européens, bref, une opinion publique continentale ! Ou, tout au plus, pour faire en sorte que l’Europe soit une construction politique incarnée, aurait-on pu exiger que chaque liste, dans chaque pays, comporte un quota minimum d’étrangers, pour que les thèmes de campagne  soient vraiment européens. Mais, le vote est dans 3 jours... Il est trop tard pour les ‘si’. 

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