**Le remaniement ministériel… Est-ce que ça a un intérêt, Thomas ?Il fallait le faire, ça fait partie de toute la batterie de signaux qu’il faut envoyer, quand on vient de subir un tel désavoeu. Il fallait le faire, en même temps c’est la réponse la plus facile, la plus rapidement visible, la plus commentée et pourtant, convenez que ça n’a absolument aucune importance, que la plupart des français ne peuvent pas citer (et c’est bien normal) plus de trois ou quatre noms de ministres. Remanier son gouvernement après une défaite est donc, à la fois inévitable et dérisoire. Le président ne s’y trompe pas, il remanie à la marge. Mais ce remaniement est le premier signe d’une normalisation du sarkozysme. C’en est fini de l’ouverture puisque le seul vrai ministre d’ouverture, Martin Hirsh s’en va. Bon c’est vrai, il n’était pas ministre mais il était vraiment d’ouverture puisque c’était l’unique personnalité qui a, par sa présence, imposé une action différente dans son domaine, une action qui n’aurait pas existé sans lui. Le RSA, c’est lui. La présence de Bernard Kouchner, Fadela Amara, Eric Besson, sans parler du transparent Jean-Marie Bockel n’a pas infléchi d’un iota la politique du gouvernement et a parfois même servi de caution. Donc fini l’ouverture. Nicolas Sarkozy fait simplement entrer un chiraquien, un villepiniste et un centriste… c’est le minimum syndical pour tenter d’apaiser une majorité en colère et ça ressemble fort aux remaniements sous François Mitterrand qui se faisaient en fonction des courants du PS. On est en droit de se demander, au passage, si François Baroin (qui devient ministre du budget) critique toujours le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite, la suppression de la taxe professionnelle et le rythme des réformes ? sa nomination veut-elle dire qu’il rentre dans le rang ou que, dans ces domaines la politique du gouvernement sera infléchie ? Il va falloir attendre ce que le président et l’intéressé ont à dire sur ces questions. On remarquera (au passage encore) que l’on est toujours très loin de la promesse du candidat Sarkozy de former un gouvernement resserré de 15 ministres avec une parité homme femme. L’équipe s’agrandit, on en est à 40 membres du gouvernement et ce sont trois hommes qui entrent. Mais tout ça ce ne sont que des détails, à cent lieux des raisons pour lesquelles les français ont voté ou n’ont pas voté du tout. Alors passons aux choses sérieuses : comment le président doit-il tenir compte des résultats du vote ?Le président ne veut pas changer de cap, et c’est normal. Ce sont des élections régionales et il n’y a aucune raison que l’exécutif se mette à appliquer le programme de la gauche sous prétexte que les français se sont choisis des présidents de conseil régionaux de gauche. Mais il y a plusieurs façons d’atteindre un même cap. Tout le monde le dit sur tous les tons : le président doit « entendre le message ». Seulement, bien malin celui qui peut se targuer d’avoir compris exactement ce que l’électorat voulait dire… surtout quand plus de la moitié des électeurs n’a rien dit, justement. On peut quand même essayer : Ceux qui ont voté à gauche, une partie de ceux qui se sont abstenu ou ont voté FN ont certainement dit leur refus de voir le service public réduire sa voilure, l’école et l’hôpital se désorganiser et les inégalités s’accroitre. Ceux qui se sont abstenu, notamment à droite ont, certainement voulu dire leur raz le bol du bougisme stérile et de l’inefficacité de 8 ans de discours sécuritaire. Trop de réformes ou trop d’annonces de réforme sans effets ? Si l’on essaie de trouver une cohérence à un message forcement multiforme et contradictoire on abouti à ce constat : Nicolas Sarkozy doit mettre de l’ordre dans les réformes. En finir avec la fameuse théorie du « tapis de bombe » des annonces. L’hyper président est logiquement hyper-responsable. Le remaniement ministériel n’est donc rien à coté du nécessaire remaniement présidentiel. C’est à un exercice autrement plus complexe, moins politique et plus personnel que doit se livrer maintenant le chef de l’Etat.**

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