Ce matin, vous ne nous parlez pas de l’UMP …mais de Notre-Dame-des-Landes !

Oui parce qu’une semaine après la manifestation réussie à Notre-Dame-des-Landes, Jean-Marc Ayrault prononce une phrase étonnante dans une interview accordée à Paris Match . Il dit ceci : « Nous ne nous laisserons pas dicter une vision du monde qui n’est pas la nôtre ». Le Premier ministre fait donc de ce dossier quasiment un enjeu de civilisation. C’est étonnant car la question qui hante le gouvernement en ce moment sur ce sujet est la suivante : Sommes-nous devant un nouveau Larzac ? En 81, François Mitterrand avait mis fin à ce projet d’extension d’un camp militaire sur l’un des territoires les plus sauvages de France. La ruralité traditionnelle occitane alliée au « flower power » de l’époque qui voulait faire pousser des chèvres au Larzac comme disait Coluche. Cette alchimie au départ incertaine puis victorieuse a structuré l’imaginaire du futur mouvement alternatif. Un long combat, le pot de terre rocailleuse du plateau contre le pot de fer blindé de l’armée et de l’Etat giscardien. « Notre Dame des Landes n’est pas le Larzac » crient en cœur et avec angoisse les responsables socialistes qui connaissent parfaitement le poids symbolique de ce qui fut une épopée. Le Larzac est un haut fait d’armes de la gauche libertaire qui a toujours eu une grande influence souterraine en France. Il y a cette petite graine d’insoumission bien française, qui se niche de temps en temps dans le débat public et qui produit parfois un événement cristallisateur.

Alors, Notre-Dame-des-Landes peut-elle être un nouveau Larzac ?

C’est possible et ce serait évidement un cauchemar identitaire pour la gauche. Au gouvernement, certains se rassurent comme ils peuvent. Ils se disent qu’il ne s’agit pas de construire un camp militaire pour les soldats mais un aéroport pour les voyageurs. Qu’il ne s’agit pas comme au Larzac d’une décision de Paris, comme du temps où la France s’aménageait via des plans quinquennaux implacables mais le fruit d’une procédure démocratique entreprise avec les élus locaux… Mais en réalité il y a une analogie qui peut alimenter l’idée que oui, Notre Dame des Landes est peut-être un nouveau Larzac : outre l’alliance entre les habitants et les militants extérieurs, il s’agit de l’affrontement de deux visions de l’avenir. L’aéroport au XXIème siècle est symboliquement au moins aussi négatif pour les écologistes qu’un champ de tir de missiles pour les pacifistes des années 70 ! La caricature qui dit complaisamment que ceux qui s’opposent à l’implantation de l’aéroport seraient pour le retour de la marine à voile et de la lampe à huile, ne tient pas. La construction d’un gros aéroport indique que l’on continue à investir massivement pour le maintien d’un modèle qui est amené à disparaître. Les manifestants de Notre Dame des Landes ne veulent pas simplement sauver un site naturel mais militent pour une forme alternative de croissance. La détermination du Premier ministre n’est pas forcément partagée par tous les membres de son gouvernement. (Je ne parle pas simplement des ministres écologistes). Certains dans la majorité s’inquiètent, en privé, de voir Notre Dame des Landes devenir un point de fixation, un lieu de rassemblement de contestation, sur la durée, une épopée…comme le Larzac. Le lieu de l’affrontement idéologique entre deux modernités concurrentes. C’est en cela que l’affirmation de Jean-Marc Ayrault sur les « deux visions du monde » est à la fois étonnante et potentiellement explosive parce qu’elle contribue à la « larzaquisation » de Notre Dame des Landes!

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