Ce matin, les offensives idéologiques et politiques pour lutter contre l’islamisme radical.

Oui vendredi, de nombreux imams ont enfin prononcé des prêches très clairs. Ces prêches ont dû faire du bien aux musulmans français qui sentent monter sur eux, d’une part la menace de l’amalgame, et d’autre part les injonctions, dans la vie de tous les jours, des religieux radicaux qui envahissent les cités et les quartiers populaires. Mais propager une lecture modérée du Coran ne suffit pas. Ça ne peut pas être un simple débat d’interprétation car si tous les monothéismes proposent des paroles d’amour, on y trouve aussi des paroles de mort et de l’obscurantisme. Ce que l’on est en droit d’attendre de la 2ème religion de France, c’est une prise en compte de l’époque et de la société dans laquelle elle évolue. Et ça vient enfin. Ainsi les imams du Rhône ont diffusé jeudi ce texte : « Il nous faut – disent-ils- savoir faire preuve de clarté et d’honnêteté, (...) Et cela commence par apprendre à considérer notre époque, comprendre la société dans laquelle nous vivons ; son histoire, sa culture et ses institutions. C’est un passage obligé si nous désirons que le coran nous parle, à nous, ici dans ce pays, dans notre contexte, et oriente notre éthique dans une société sécularisée.» Ces mots de contextualisation, d’adaptation, à la ‘société sécularisée’, sont ceux d’un Islam dans une laïcité bien comprise.

On n’imagine pas que ce genre de prêche soit audible par les candidats au jihad

Non, bien sûr mais il interdit toute ambiguïté pour la masse des fidèles. La complication, c’est que le regain de l’Islam radical a plus à voir avec le repli identitaire qu’avec la quête de spiritualité. Mais ce qui manque dans ce débat, c’est la voix de cette majorité de Français d’origine maghrébine qui n'osent même pas le dire mais qui, au fond, n’a que faire de la religion (qu’ils soient agnostiques, athées ou simplement musulmans de tradition). Pourquoi parleraient-ils d’ailleurs ? Ils ne se sentent pas concernés – et c’est normal- par les débats internes à l’Islam et totalement étrangers à ses dérives extrémistes. Aujourd’hui, encore plus que d’une offensive de l’Islam modéré, les banlieues, les cités, ont besoin d’une offensive politique des partisans des valeurs de la raison, d’une vie sans Dieu obligatoire, de l’individualisme positif des Lumières, de Diderot, Voltaire, Hugo. La République devrait pouvoir se réarmer idéologiquement pour conquérir les quartiers. Elle est encore trop souvent perçue comme une idéologie de Français de souche, une idéologie colonialiste (qu’elle fut aussi d’ailleurs). Qui arrivera à proposer la version universaliste, émancipatrice, de la République ? S’appuyer sur les imams modérés est déjà un aveu d’échec. Pour que le mot République (qui sonne si dramatiquement creux depuis tant d’années) puisse retrouver sa puissance, encore faudrait-il que les mots forts de M.Valls, les «ghettos français», la «politique de population», soient enfin des actes aussi forts. Pour qu’ils le soient, on pourrait peut-être se départir de quelques contraintes budgétaires. Après tout, dans notre situation, le pacte républicain vaut bien les pactes de sécurité et de stabilité.

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