Emmanuel Macron tente de garder le lien avec les maires de France, réunis en Congrès à Paris…

Les maires aux prises avec de vrais dilemmes financiers, confrontés à de plus en plus de situations sociales inextricables, vont sans doute apaiser –un peu- leur colère avec les quelques assurances, sonnantes et trébuchantes, fournies par Edouard Philippe, et qui seront confirmées ce soir par le Président. Mais le malaise n’est pas que financier. Le macronisme réclame de la société plus d’initiatives, dit vouloir redonner de la latitude aux acteurs du terrain, il table sur la prise en main par l’échelon de proximité, pour les sujets de la vie de tous les jours. Mais le macronisme pratique aussi son pouvoir de façon très verticale, qui se veut ainsi efficace et cohérent avec la promesse de changements profonds. Comment peut-on être à la fois horizontal et vertical ? Comment être girondin ET jacobin, Macron tente le Girobinisme ou le Jaco-rondisme, déclinaison de son fameux «en même temps». Pour l’instant, reconnaissons qu’il y arrive. Après avoir éteint la fronde naissante contre la loi travail, imposée de façon verticale par la procédure des ordonnances, le voilà qui calme la colère des maires…

Calmer la colère un temps ne veut pas forcément dire régler les problèmes…

Non, les difficultés budgétaires des villes pauvres, la question de la désertification des zones rurales, sont des sujets qui se régleront avec un peu de temps et par la contractualisation, la coopération entre les élus locaux et l’Etat... c’est du moins ce que prévoit le président : le contrat pour dépasser ce débat horizontal/vertical, centralisation/décentralisation. Mais plus globalement, cette crise de confiance qui se manifeste entre l’Etat (qui trouve les collectivités trop dépensières) et les collectivités (qui estiment être dépouillées financièrement et en charge de toujours plus du poids social du pays) est un signe de l’inadéquation de notre système de représentation. Et, contrairement à ce que l’on peut imaginer, ce ne sont pas les mairies –elles qui ont réussi à rationaliser leur travail avec la généralisation des communautés de communes-… ce ne sont pas elles qui sont le plus en crise, mais plutôt l’Etat qui peine à trouver sa place. 71% des Français font confiance à leurs maires ! Aucun exécutif national n’approche jamais ce taux de popularité ! L’Etat tient les cordons de la bourse mais l’échelon de la nation semble de moins en moins celui de la résolution des problèmes. Son action dépend largement d’un échelon plus élevé : l’Europe. Et de l’échelon de terrain : la commune. C’est frappant pour les grands sujets qui vont structurer nos vies dans les décennies qui viennent. L’environnement par exemple : les décisions supranationales (l’Europe, les COP 21, 22, 23) et des pratiques de proximité (circuits courts, plans circulation drastiques des villes) apporteront les solutions. Les Etat-nations de taille moyenne comme le nôtre deviennent des acteurs intermédiaires, des exécutants. Et pourtant ils restent le principal cadre de l’expression démocratique, le cercle de nos débats et polémiques, forcément, de fait, un peu vaines et désincarnées. De la mairie ou de l’Etat… l’échelon qui a le plus besoin de l’autre n’est pas forcément celui que l’on croit…

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