Marseille, le grand gâchis !

Jean-Claude Gaudin
Jean-Claude Gaudin © AFP / GERARD JULIEN

Qu’une telle ville si vivante et riche ait été gérée de la sorte, à l’ancienne, avec les codes et les réflexes antédiluviens de la notabilité et du copinage par un maire dont la bonhomie sympathique et chantante le dispute (au mieux) à l’incompétence (au pire), au cynisme, est un crève-cœur pour tous les amoureux et les habitants de ce qui devrait être la deuxième ville de France. 

La situation sociogéographique de Marseille est assez claire. Au nord, des quartiers populaires, mal desservis, mal entretenus par une municipalité qui raisonne en clientèle et qui agit en cheville avec FO, syndicat maison. A Paris, Lyon et Marseille où l’élection se fait par arrondissement, un maire (c’est le cas à Marseille, pas dans les deux autres métropoles) peut favoriser les quartiers qui lui sont favorables et laisser tomber les autres. La particulière arithmétique électorale par arrondissement se prête parfaitement à ce calcul politicien. Les quartiers nord sont donc laissés pour compte. Les quartiers sud, aisés, sont favorisés en équipements et aménagements par habitant... Dans le centre, très mixte, socialement et éthiquement, peu a été fait pour que la population moins favorisée puisse continuer à y vivre. La municipalité a laissé pourrir la situation... C’est ce que constatent et dénoncent les associations et certains journalistes marseillais qui multiplient, depuis longtemps, les reportages sur le sujet...

Laisser pourrir, pourquoi ?

Soit par négligence, soit par calcul. 

Des réhabilitations subventionnées par l’Etat ont été mises en place, comme partout ailleurs, mais la municipalité a mal accompagné ces programmes. La ville a même proposé aux propriétaires de racheter des immeubles vétustes parfois deux fois plus chers si les logements étaient vides ! Les propriétaires ont donc tout fait pour dégoûter les habitants, laissant dépérir leurs bâtiments. Le but étant de remplacer la population populaire du centre par une population plus aisée. La gentrification des centres villes, et même de certaines banlieues populaires, par exemple dans l’est parisien, est phénomène classique depuis les années 70. Mais beaucoup de municipalités tentent de contrôler la gentrification, notamment en imposant aux promoteurs de construire un certain taux de logements sociaux. Les OPAH (opération programmée de l’amélioration de l’habitat) imposent aussi de garder pendant 9 ou 12 ans des loyers modérés. Ces dispositifs permettent de freiner les effets de la gentrification. Une gentrification limitée par les pouvoirs publics permet de maintenir ou même de créer une mixité sociale bénéfique pour tout le monde. Encore faut-il le vouloir ! La politique municipale est une politique de proximité avec de vraies répercutions sur la vie des habitants. 

Ces dernières décennies, de grands maires ont marqué leur ville. Jean-Marc Ayrault à Nantes est souvent cité comme précurseur de la grande vague de modernisation de la politique municipale et de l’aménagement urbain en France. Malgré une inquiétante hausse des prix du mètre carré ces dernières années, les villes françaises occupent - grâce à leurs élus - le haut des classements internationaux du bien vivre. Marseille, elle, est passée à côté de l’histoire. Clairement du fait de son maire... Dont on se demande ce qu’il fait encore à son poste après le drame du quartier de Noailles.

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