Clash entre les écologistes de Paris et Anne Hidalgo.

Et la grande majorité de nos auditeurs, qui ne sont pas parisiens, peuvent se demander :’mais en quoi cela nous intéresse ?’ Hé bien parce que cet échange au Conseil de Paris (et par médias interposés) pourrait refléter des préventions mutuelles et grandissantes entre socialistes et écologistes, et poser la question, au niveau national de leur capacité à s’unir pour la présidentielle. La présidente verte des conseillers de Paris avait émis des réserves sur un vœu voté à l’unanimité pour attribuer le nom de Samuel Paty à une voie de la ville. Les écologistes ont voté ce vœu mais ils ont reproché à la maire de l’avoir proposé dans la précipitation. Une vieille règle stipule qu’il faut attendre 5 ans après un évènement pour attribuer un nom de rue en lien à cet évènement, afin de ne pas céder à l’émotion ou d’éviter toute instrumentalisation. Remarque jugée déplacée par la maire d’autant qu’il y avait l’unanimité. 

C’est une broutille, un incident de séance, non ? 

Pour les socialistes non, et voilà pourquoi : Anne  Hidalgo a parlé avec sévérité ‘des ambiguïtés’ des écologistes, comme s’ils votaient à reculons cet hommage à Samuel Paty. Les écologistes en ce moment inquiètent les socialistes, et les positions très républicaines, (empreintes d’une laïcité rigoureuse) de Yannick Jadot ne suffisent pas à les rassurer. A Paris surtout, les idées ‘intersectionnelles’, loin de l’universalisme défendu par le PS,  sont très représentées chez les écologistes. C’est l’éternel tension à gauche entre le ‘droit à la différence’ et la  ‘république laïque et indivisible’. Depuis les années 90 maintenant socialistes et écologistes sont souvent alliés. Cousinage  illustré par l’effacement de Yannick Jadot en 2017 au profit de Benoit Hamon. Ils sont unis à la tête des plus grandes villes de France. Mais à Paris, quelque chose ne va plus. Plusieurs écologistes avaient rejoint Anne Hidalgo avant les dernières municipales. Les autres, le nouveau groupe vert, est composé, en partie de militants intersectionnels comme Alice Coffin, par exemple. Ces dernières années, le PS a fait de grands pas idéologiques vers EELV… l’inverse n’est pas vrai. Yannick Jadot est quasiment le seul à avoir fait sa mue universaliste républicain. Ce n’était pas grave tant que les écologistes étaient la force supplétive nationalement ou principale localement… Mais cela le devient pour le PS si l’écologie est en position de représenter la gauche avec l’ambition de gagner en 2022. Bref, les écologistes ne rassurent pas les socialistes sur les questions régaliennes et républicaines. Les socialistes savent que la gauche n’est pas majoritaire dans le pays en ce moment, et qu’une attitude claire et ferme face au terrorisme et à l’islamisme est indispensable pour avoir une chance d’être qualifié pour le second tour, sans doute, face à Marine Le Pen. Anne Hidalgo se plait à souligner, (amplifier même !) les ambigüités écologistes. Elle y a peut-être aussi un intérêt, préventif, dans le cadre d’une ambition présidentielle en gestation. 

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