C'était l'endroit où il fallait être ce week-end : la Sorbonne où se déroulait la cité de la réussite. Candidats affirmés, potentiels ou putatifs se sont succédés à la tribune. Certains ont lancé quelques idées iconoclastes. Exemple, Ségolène Royal qui a proposé hier de créer des « jurys de citoyens » pour juger de l’action des gouvernants. Des jurys de citoyens... Quesako ? Interrogé hier à brûle pourpoint pour savoir ce que ça pouvait bien être, un des soutiens de Ségolène Royal, Jean-Marc Ayrault, n’a pu s’empêcher de rigoler ! Rire pour cacher sa gêne, car visiblement il n'était pas au courant de cette nouveauté programmatique ! Ce n’est pas Ségolène Royal pourtant qui a inventé le concept. Le jury de citoyens est une méthode de participation citoyenne mise au point en Allemagne dans les années 70 et utilisée au niveau local. Dans le même esprit, les pays scandinaves sont friands de cette gouvernance participative avec leurs conférences de citoyens ou conférences de consensus au cours desquelles des citoyens lambdas se frottent aux experts. En France, il y a déjà eu de telles conférences citoyennes, en 98 sur les OGM ou sur le climat en 2002. Le conseil général de Meurthe et Moselle a déjà usé d'un jury de citoyens. En mai dernier, il a tiré au sort dans la population 15 jurés, défrayés financièrement sur le modèle des jurés d’assises, pour les impliquer dans une réflexion locale mais conflictuelle, sur « Arbres et routes ». Mais hier, Ségolène Royal avait visiblement une autre idée en tête. Il s’agit, a-t-elle dit, d’instituer « une surveillance populaire sur la façon dont les élus remplissent leur mandat". On frissonne, ça a des petits airs de comité de salut public cette histoire ! A quel niveau ces jurys seraient-ils mis en place, pour surveiller qui ? Maires, députés, président... Avec quel pouvoir de sanction ? Tout cela reste flou, tandis que Max Gallo rétorque ce matin que le meilleur jury populaire, c'est encore le suffrage universel ! En fait, Ségolène Royal comme d'autres, cherche à renouer le lien avec le peuple. Un lien distendu voire rompu, à cause dit-elle du décalage entre les discours politiques et les actes, alors après tout pourquoi pas lui demander son avis régulièrement à ce peuple ? C’est cohérent avec son engagement en faveur d'une démocratie participative, parée de toutes les vertus depuis qu’elle est en campagne. Sauf que c’est un nouveau coup porté à la démocratie représentative. Car si les institutions, les médiations qui existent aujourd’hui fonctionnent mal, pourquoi ne pas prendre l’engagement de les réformer plutôt que de les contourner par le peuple ? Et quelle différence peut-on faire aujourd'hui avec un Sarkozy qui dit « mon juge, ce sont les Français » et elle qui affirme "mon opinion sera celle des Français", sur des questions différentes je vous l'accorde ? Et bien si l'un veut montrer le chemin au peuple, quand l'autre affirme vouloir le suivre, en réalité les deux mettent en scène un face à face exclusif entre eux et le peuple français. Et c'est un début de définition du populisme ça.

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