La loi sur l'immigration présentée par Brice Hortefeux devrait être définitivement adoptée aujourd'hui par le Parlement. Mais ce n'est pas encore tout à fait la dernière étape pour le fameux amendement Mariani. Il lui reste à recevoir ou non l'onction d'un tampon à cet amendement, celui du conseil constitutionnel. Il ne fait en effet aucun doute que les Sages vont être saisis du texte, à la demande des socialistes sans doute rejoints pour cette fois par François Bayrou. Trois dispositions pourraient être visées, notamment l'amendement ADN. Et c'est à la mi novembre que devrait se tenir la séance plénière destinée à examiner la constitutionnalité de l'ensemble de la loi Hortefeux. Ce sera un moment très particulier ! Pourquoi ? Et bien parce que pour la première fois, siègeront autour du président en titre Jean-Louis Debré, 2 ex présidents de la République, membres de droit. A sa droite, le plus ancien Valéry Giscard d'Estaing, à sa gauche, Jacques Chirac pour qui ce sera la première séance de travail. Photo évidemment exceptionnelle et lecture éminament politique à prévoir même si les intéressés, et l'institution elle-même, à savoir le Conseil tentent par avance de s'en défendre. Et si le conseil des sages du Palais Royal était en effet le dernier lieu de contre pouvoir à la toute puissance du sarkozysme, et s'il était le repaire des derniers des opposants au président de la République, pour ne pas dire des derniers des mohicans ? C'est souvenez-vous, la lecture un peu rapide qu'on en a faite cet été, lorsque le conseil a censuré une partie du paquet fiscal sur la déduction des intérêts d'emprunt. Et c'est sans doute, celle que l'on fera si par hypothèse il censure l'amendement Mariani, suivant en cela la gauche, les églises, les intellos, quelques grands noms de la médecine, et une partie de la droite, de Pasqua à Bayrou en passant par Villepin. Ce que nous brûlons de savoir en réalité, c'est ce que pense Jacques Chirac d'une telle disposition, et comment il a l'intention d'user de ses nouvelles prérogatives de "sage" vis à vis de Nicolas Sarkozy. Interrogé la semaine dernière à l'occasion de sa visite à la toute nouvelle Cité de l'immigration, l'ancien président s'est borné à dire qu'il "avait naturellement une conviction sur ce problème", mais qu'il en réservait l'expression au conseil constitutionnel. Attitude irréprochable du petit nouveau qui s'en tient à son devoir de réserve absolu, mais le "naturellement" forcément, titille. Peut-on "naturellement" être pour cet amendement, si on est Jacques Chirac, avec son histoire, sa ligne de vie, son passé présidentiel qui pour certains se résume d'ailleurs à avoir toujours été la vigie intransigeante de toute formes de discriminations ? Non, naturellement, on ne le voit pas pencher vers cet amendement/marqueur d'une différenciation entre Français et Immigré. Alors Jacques Chirac sera-t-il tenté de jouer les censeurs et de retrouver au conseil constit du pouvoir sur Nicolas Sarkozy son vieil adversaire ? Son entourage s'en défend bien sûr, il s'agit de juger en droit et rien qu'en droit. Soit... Mais on adorerait être une petite souris pour suivre cette séance mi novembre. A défaut de pouvoir se transformer en charmant mammifère rongeur, très mauvaise nouvelle, on ne saura rien des débats des sages entre eux, on n'aura que la décision finale, censure ou pas, qui les engage tous. Jacques Chirac n'est "naturellement" guère causant, et les sages du Palais Royal dont il fait désormais partie, sont par fonction et obligation aussi muets que le Sphinx de Fenosa qui trône à l'entrée de leur vénérable institution.

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