Le gouvernement a créé une commission présidée par Edouard Balladur pour réfléchir à la meilleure façon de supprimer un étage au mille feuille administratif. Tout le monde en convient : commune, département, région c’est trop ! Trop compliqué, trop cher. La plupart des rapports et des thèses universitaires aboutissent à ce constat : les strates les plus cohérentes pour notre temps sont la communauté de commune et la région. On ne peut évidemment pas se passer de l’échelon municipal avec ses 36.000 villes et villages, leurs mairies aux frontons frappés du triptyque "liberté-égalité-fraternité". La force symbolique de l’enracinement de la République prend corps dans ce maillage. Les maires, les salles de mariages, les vins d’honneurs, les stades municipaux et les monuments aux morts rendent indispensable le maintien de la commune, même toute petite, en l’état. Evidemment, il faut mutualiser entre communes la gestion des équipements les plus lourds. En revanche, le département semble l’échelon en trop. Même avec un budget et des compétences plus importants que pour la Région, sa cohérence géographique est dépassée. Le département a été créé après la Révolution de façon à ce que l’on puisse atteindre le chef lieue en moins d’une journée de cheval. Mais les Français sont attachés à leur département. On l’a vu avec la fronde concernant les plaques minéralogiques. Il s’est développé un drôle de patriotisme départemental. Demandez à un Français d’où il est, il vous répondra le nom d’une ville ou d’un département pas d’une région, à moins que ce soit une province comme le Pays Basque, la Bretagne ou la Corse. Il s’est même développé un chauvinisme du numéro ! On est fier d’être un 13 ou 59, on revendique crânement d’être du 9-3. L’afflux vers le sud des 75 et autres 78 et 92 à 95 marque le début des vacances. Si on veut frimer un peu et signaler que, dans la voiture, il y a un beau surfeur, on appose l’autocollant à la mode 64 –Pyrénées-Atlantique, qui est même devenu une marque! Le département a un aspect clochemerlesque qui permet de se mesurer à des voisins pas trop éloignés. Un exemple : Les habitants du nord de la Dordogne -24- prennent le TGV en Charente -16- à Angoulême (il n’y a pas de TGV à Périgueux). Et bien, dans l’esprit des 24 qui vont chez les 16, principalement pour prendre le train, et qui sont donc pressés, les 16 sont lents. Evidemment puisqu’eux ils sont chez eux et ne vont pas forcément à la gare. « Le 16 est lent » se dit communément le 24. C’est comme ça que naissent les stéréotypes locaux. « Normal, les 16 sont mous, d’ailleurs leur spécialité locale c’est la charentaise ! » Bref on se chambre d’un département à l’autre, pas entre régions, c’est un signe. Et l’on comprend que le département et son numéro comme marqueur identitaire ne vont pas être faciles à supprimer. Pourtant, ce serait logique. Et il faudrait que l’on dise aux conseillers généraux : « c’est votre dernier mandat, après, il faudra faire autre chose », mais c’est un sujet politiquement glissant. Les élus départementaux forment un syndicat particulièrement efficace. Pour réformer la carte administrative de la France, il faut, bien sûr, le Sénat. Et qui élit les sénateurs ? Les élus locaux. Voila pourquoi les divers projets de suppression du département qui circulent en ce moment, proposent toujours des formules alambiquées pour recycler les conseillers généraux qui deviendraient des représentants de leur département disparus au sein des conseils régionaux ! Toutes ces solutions scabreuses et coûteuses trouveront de bons arguments politiques. C’est, en fait, une hypocrisie qui recouvre une réalité : on ne s’attaque pas aux conseillers généraux qui sont bien souvent aussi maires, députés ou sénateurs. Et puis, il faut bien que les 24 puissent reconnaître les 16 sur la route entre Périgueux et Angoulême !

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