Vous revenez ce matin sur la circulaire de Manuel Valls qui facilite les naturalisations.

Depuis plusieurs années le nombre des étrangers devenant Français avait tendance à diminuer. Après le discours de Grenoble de 2010, consigne avait été donnée aux préfets d’être plus restrictifs afin que d’une année sur l’autre, le président puisse affirmer qu’il y a eu moins de naturalisations. Et, en effet, entre 2011 et 2012 la France a naturalisé 45% de demandeurs en moins. La très grande majorité de ceux qui se sont vus refuser l’accès à la nationalité avaient pourtant le nombre d’années de présence en France requises. Ils auront ou ont des enfants qui seront Français mais eux resteront étrangers. Cette tendance baissière était considérée, au moment où la majorité d’alors cherchait à contrer la montée en puissance du FN, comme un résultat positif. Faire baisser le nombre de naturalisations était donc devenu une performance de la société française, qui ainsi se protégeait et surtout défendait son identité puisque le point de départ de cette volonté affichée d’inverser la courbe, s’était exprimé au moment où Nicolas Sarkozy essayait d’installer dans le débat public, le thème de l’identité nationale. La baisse du nombre de naturalisations est considérée aujourd’hui par la nouvelle majorité comme un frein à l’intégration.

Manuel Valls veut donc revenir au rythme d’avant 2010 ?

Oui, alors la circulaire ne bouleverse pas vraiment les règles en vigueur. Il ne s’agit pas de changer les critères mais de demander aux préfets de les appliquer avec une plus grande largesse. La principale injustice qui devrait cependant être réparée a trait au travail. Parmi les critères requis pour devenir Français il y a des conditions de ressources. Celles-ci n’étaient pas très précises et pouvaient être interprétées de diverses façons selon les circulaires ministérielles. Avec la crise, l’accroissement du travail à temps partiel non choisi, de nombreuses femmes en particulier, se sont vues refuser le droit de devenir Françaises parce qu’elles ne touchaient pas le smic ; et surtout parce qu’elles ne bénéficiaient pas de contrat à duré indéterminée. Une forme de naturalisation censitaire et sexiste s’était installée. Manuel Valls a précisé qu’il voulait mettre fin à cette situation. Dans son discours il a tenté d’inverser les facteurs et d’affirmer qu’une société plus ouverte à la naturalisation est une société plus optimiste et plus dynamique. Le discours, prononcé lors d’une cérémonie de naturalisation à Toulouse était audacieux par les temps qui courent mais n’évoquait cependant pas non plus un réel retournement de doctrine. Il s’agit simplement de revenir au rythme de naturalisation d’avant 2010. La France n’a toujours pas clairement affirmé ce que devait être sa politique en matière de naturalisation. C’est un débat que visiblement personne ne veut rouvrir parce qu’il agit très vite sur un ressort dont on a pu mesurer les effets incontrôlables : celui de l’identité nationale. Découpler la question de l’identité de notre pays avec celle de la définition des critères nécessaires qu’il faut remplir pour être Français, ce serait pourtant une œuvre d’une grande salubrité puisque selon nos principes républicains, être français n’a absolument rien à voir avec l’origine ethnique ou la religion. Mais déjà, on sent bien le potentiel explosif de cette simple affirmation d’évidence. Donc silence ; le FN veille.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.