L’affaire Leonarda est terminée. Elle aura été révélatrice de graves dysfonctionnements dans la majorité...

Oui, et révélatrice d’une impréparation concernant le thème de l’immigration. La gauche n’est pas tant impréparée à exercer le pouvoir dans ce domaine, elle est plutôt impréparée à assumer ses choix. Résultat, le Président a dû arbitrer entre son ministre de l’Intérieur qui menaçait de démissionner et le Premier ministre qui avait évoqué l’idée de faire revenir toute la famille expulsée ! François Hollande a ensuite perdu de l’autorité par un dispositif de communication mis en place par des gens qui ne doivent pas avoir lu la Constitution en français dans le texte. Et puis le premier secrétaire du PS qui n’élève jamais la voix, cette fois-ci, s’est fait entendre, trop fort et à contretemps. Entre une base populaire inquiète, qui cherche un discours de fermeté, que tente de lui fournir Manuel Valls, et des lycéens et les associations d’entraide aux migrants qui font vivre l’esprit humaniste et généreux sans lequel la gauche ne serait pas la gauche, le parti socialiste semble avoir avalé sa boussole. Il refuse d’assumer les conséquences de la fermeté qu’il proclame et n’est pas en mesure de garantir l’humanisme qu’il prétend incarner. Pourtant la ligne politique de la gauche au gouvernement, sur ces questions, est bien établie depuis l’ère Chevènement/Jospin.

Oui, il y a des critères de régularisations qui sont d’ailleurs maintenant acceptés par tout le monde !

Oui plus personne ne les remet en cause au PS et même au-delà. Il y a aussi des circulaires pour indiquer aux préfets comment procéder à des régularisations quand la situation (hors critères) est humainement spécifique. Mais comme Manuel Valls a surjoué l’autorité cette dernière année, le PS estimait que l’action du gouvernement affichait trop la fermeté et pas assez l’humanisme, quand l’affaire Leonarda est arrivée. Au moment où la droite se radicalise et propose de revenir sur le principe du droit du sol ou sur l’aide médicale d’Etat, il y a pourtant toute la place pour un PS qui saurait défendre la fermeté et l’humanisme à la fois. Évidemment, la position du compromis entre humanisme et fermeté est ce qu’il y a de plus dur à tenir. Elle interdit toute posture artificielle et ne peut en aucun cas pas être une synthèse. L’équilibre entre la sévérité et la tendresse d’un père ou d’une mère, ce n’est pas quelque chose qui se trouverait à mi chemin, entre la sévérité et la tendresse, c’est les deux à la fois, ou les deux successivement. Pour établir cet équilibre, humanisme et fermeté, pour éviter le simplisme démagogique du tout répressif ou l’angélisme intellectuellement confortable du « transfrontiérisme » intégral… il faut qu’à la tête de l’Etat, la ligne soit forte et claire. Or, personne ne sait vraiment quel est le sentiment profond de François Hollande sur ces sujets… comme en général sur les questions de société. Sur les questions économiques (qui, on le sait, le passionnent) la position et les engagements du Président ne sont certes pas facile à mettre en œuvre mais ils sont clairs et nets. Ils ont d’ailleurs été au cœur de la campagne de 2012… Sur les questions de société en revanche François Hollande ne pèse pas suffisamment. –on avait pu aussi le vérifier avec le mariage pour tous, pour lequel il n’avait pas su trouver de paroles enthousiastes- Quelle est sa doctrine, sa vision sur ce que doit être l’immigration en France ? Il serait utile pour son camp et bien au-delà qu’il trouve un moyen de l’exprimer… Pourquoi pas en commençant par venir un matin sur France Inter !

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