Débat hier à l'Assemblée sur l'engagement de la France en Afghanistan. D'abord, en écoutant les arguments de part et d'autre de l'hémicycle, en entendant en particulier le premier ministre justifier utilement l'engagement de la France en Afghanistan, on mesurait à quel point notre démocratie est parfois bien limitée. Songez qu'avant la réforme des institutions de l'été dernier, l'exécutif pouvait envoyer des troupes hors de nos frontières sans que ce genre de discutions aient lieu devant les représentants de la nation. C'était ce que l'on appelle le « domaine réservé du Président ». Aujourd'hui, c'est un peu mieux mais il serait abusif de qualifier le nouvel article 35 de la constitution de « domaine partagé ». L'article 35 dit que la prolongation d'une campagne militaire extérieure doit être soumise au parlement au bout de 4 mois seulement. On est encore loin des grandes démocraties où le Parlement est associé dès le début aux décisions d'envoi de troupes et où les commissions parlementaires de la défense et des affaires étrangères disposent de moyens d'informations et de contrôle autrement plus importants. Il y a quand même eu un débat. C'est vrai et il était intéressant et instructif ; mais par certains côtés, il était aussi biaisé et politicien. D'abord, avant le débat, Nicolas Sarkozy a fait cette déclaration digne du manichéisme de l'administration Bush : « ceux qui voteront 'non' au Parlement devront dire au pays que nos soldats sont morts pour rien » a-t-il dit - comme si le débat d'hier opposait les courageux aux couards, les lucides aux munichois. Le Président de la République, par ce genre de déclaration, n'a pas recherché le consensus. Quant aux socialistes, ils ont tenu un discours à l'inverse de leur vote, ils ont voté « non » en pensant « oui mais ». Quelques socialistes comme Manuel Valls se sont abstenus quand même. Quatre ont même voté « oui » et ils étaient quelques-un à avoir dit « non » avec le bulletin et « oui » avec la raison, pour mal paraphraser Prévert. Dire « Non » simplement pour respecter la discipline de vote. La question posée était : « Etes-vous pour le maintien des forces françaises en Afghanistan ? » À cette question précise -et compte tenu de leur discours- les socialistes auraient dû répondre favorablement. Jean-Marc Ayrault, le Président du groupe socialiste, a d'ailleurs dit, dès le début de son discours, qu'il lui paraissait impossible de quitter l'Afghanistan en l'état. Il ne peut de toute façon en être autrement sauf à rompre plusieurs accords internationaux qu'aucun socialiste n'entend dénoncer. Les demandes de précisions de la mission française, les remarques sur le manque d'équipement des soldats, les doutes sur la stratégie à long terme des Américains, les exigences d'une information plus transparente sur la situation des troupes, toutes ces réclamations exprimées par les socialistes sont justifiées et légitimes, comme il est justifié de rappeler la promesse du candidat Sarkozy de mettre fin à cette campagne militaire française en Afghanistan, s'il était élu. Alors, on peut contester la formulation de la question qui était posée, mais puisque les socialistes ont décidé d'y répondre, pourquoi y répondre à rebours de leur conviction profonde et, assurément à l'inverse de ce qu'ils auraient fait s'ils avaient été au pouvoir ? Alors pourquoi ? Hé bien parce qu'en ce moment, le PS est un canard sans tête et qu'il tombe dans tous les panneaux que lui présente le Président. Il faut d'urgence un chef aux socialistes qui, en opposant résolu, aura assez de caractère pour pouvoir voter « oui » quand la majorité lui demandera s'il fait jour à midi sans avoir l'air de se trahir ou de trahir son camp !

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