Vous revenez ce matin sur « La princesse et le président », le roman de Valéry Giscard d’Estaing… L’histoire d’une liaison entre un président qui lui ressemble et une princesse qui ressemble, elle, étrangement à Diana. Oui, c’est une variante, si l’on veut, de notre thème de la semaine… « Remettre l’homme au cœur de la politique »…en s’inspirant d’Audiard on pourrait dire que les présidents français « ça ose tout et c’est à ça qu’on les reconnaît ». On peut se demander pourquoi Valéry Giscard D’Estaing, plutôt admiré pour ses qualités intellectuelles, va se perdre dans la littérature de gare et créer un événement vaudevillesque. On a évoqué une coquetterie vantarde d’un vieux séducteur. La raison est peut-être ailleurs. Le problème de Valéry Giscard D’Estaing c’est que lorsqu'on évoque l’histoire politique récente on fait surtout référence à François Mitterrand et Jacques Chirac. On compare la présidence d’un Chirac "plan-plan" à la présidence survoltée de Nicolas Sarkozy. On dit souvent retrouver chez l’actuel Président le goût de la ruse et le sens de la stratégie de François Mitterrand. Si l’on veut aller un peu plus loin dans le temps on va directement au Général de Gaulle et l’on oublie régulièrement la période Pompidou-Giscard. Valéry Giscard d’Estaing en souffre. Les anciens giscardiens aussi. L’année dernière ils se sont d’ailleurs réunis pour publier un livre élogieux sur les années Giscard. Un livre, évidemment, qui a eu beaucoup moins de presse que le pauvre roman à l’eau de rose que publie aujourd’hui Valéry Giscard d’Estaing. Pourtant, les années Giscard ont été riches ! Oui, on parle aujourd’hui de l’ardeur à réformer de Nicolas Sarkozy mais les premières années Giscard ont été beaucoup plus réformatrices. Le droit de vote à 18 ans, le droit à l’avortement, la loi littorale qui a sauvé les côtes française du bétonnage, une politique européenne ambitieuse. Et il y a eu aussi des rendez-vous manqué. Une modernité de façade qui a finalement laissé place à une façon caricaturale d’incarner la fameuse monarchie républicaine. Quelques habitudes maintenues, héritées d’une vieille droite autoritaire et centralisatrice avec des ministres comme Michel Poniatowski ou Alain Peyrefitte. Valery Giscard d’Estaing a aussi eu la malchance d’être le président au lendemain du premier choc pétrolier de 73 et d’avoir subi le second en 79. Il est arrivé à la fin des trente glorieuses et sa sortie à lui, avec l’affaire des diamants ne fut pas glorieuse non plus. Le bilan est contrasté et il y a un risque pour la place de Valéry Giscard d’Estaing dans l’Histoire ! La postérité ne retient généralement qu’une ou deux choses des Présidents. François Mitterrand aussi a un bilan pour le moins ambivalent mais on se souviendra de l’abolition de la peine de mort et peut être aussi, c’est vrai, de sa double vie. Pour Jacques Chirac, l’histoire n’a pas encore fait le tri… il faut dire qu’il n’y a pas grand-chose…sans doute quand même la position singulière et en pointe de la France contre la guerre en Irak. Et c’est là que Giscard d’Estaing doit faire attention parce que ce ne sont pas les historiens qui déterminent la postérité. On peut y entrer pour des raisons pas spécialement reluisantes. Deschanel n’est plus connu que pour être tombé du train en pyjama sur une ligne de chemin de fer du Loiret. Quand on évoque Félix Faure c’est pour rappeler qu’il est mort dans les bras de sa maitresse. Souhaitons à Valéry Giscard d’Estaing, de l’Académie Française, que ses talents d’écrivain pour midinettes et vieilles rombières, n’entrainent pas l’histoire à ne retenir de lui que l’homme qui a prétendu être l’amant d’une princesse adulée.

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