Ce matin, vous vous interrogez sur la place de l’écologie dans le débat politique français.

Oui, et ça ne veut pas dire s’interroger sur la place des partis écologistes. Cette question est vite réglée. Ils ont eu raison avant tout le monde mais ils se débrouillent quand même pour ne jamais être pris au sérieux. Ils n’arrivent pas à se départir de leur culture alternative ou de contre-pouvoir. Intéressons-nous plutôt aux partis qui n’ont rien contre le pouvoir. A droite ou à gauche. Pour l’instant, à droite, c’est le désert le plus plat ! Après Jacques Chirac qui s’est découvert écolo au moment de quitter la scène, il y a eu Jean-Louis Borloo… il fait de l’écologie, mais plus de politique, NKM qui s’épuise toute seule dans son parti et Alain Juppé, qui mène une politique assez écolo-compatible mais simplement municipale, à Bordeaux. L’écologie n’est pas à la mode au parti Les Républicain. C’est à croire que pour Nicolas Sarkozy, le Grenelle de l’Environnement est à mettre au rang des ratés de son quinquennat, entre le Fouquet’s et le bouclier fiscal. Mais, au moins, à droite (et ça ne fait pas si longtemps que ça), plus personne ne remet en cause l’idée que la planète se réchauffe du fait, aussi, de l’activité humaine. Même Marine Le Pen a fini par rompre avec le climato-scepticisme.

A gauche, on commence à parler d’éco-socialisme.

Oui, une partie de la gauche comprend que le socialisme, né avec (et de) la logique productiviste de l’ère industrielle, doit trouver un autre moteur. C’est dur pour la gauche radicale de quitter la culture ouvriériste, c’est compliqué pour la social-démocratie de remplacer la notion de redistribution par celle de partage, ce n’est pas simple pour toute la gauche de reformuler l’idée de croissance et de progrès. Certains s’y attellent. JL Mélenchon parle d’éco-socialisme. Il fait, avec raison, une fixette sur l’économie de la mer. Un domaine d’avenir pour alimenter une croissance raisonnable. La France aurait tous les atouts pour en être la championne. Le sénateur socialiste Gaëtan Gorce vient de publier un petit livre intitulé « l’éco-socialisme, une idée neuve ». Il prétend –je cite- que « l’écologie constitue la dimension nouvelle à partir de laquelle l’idée socialiste – celle d’un monde organisé autour de la recherche de l’intérêt collectif par la démocratie – pourra se redéployer ». Cette idée progresse. Progresse-t-elle aussi dans la tête de François Hollande ? Mystère ! Organisateur de la COP 21 à Paris, le Président, semble, à son tour convaincu. « Semble » simplement, parce que même les écologistes restés proches du président pour préparer la conférence de décembre ne savent toujours pas si sa conversion est réelle, ou encore uniquement tactique. Comme pour l’amour, il n’y a pas d’écologie, il n’y a que des preuves d’écologie. La décision de ne plus exporter des centrales à charbon est une preuve. La timidité de la fiscalité verte, la poursuite du chantier de Notre-Dame-Des-Landes sont des contres preuves. En réalité, les responsables des grands partis sont comme ces personnages de Tex Avery qui courent au bord de la falaise. Subitement, ils se rendent compte qu’ils sont au-dessus du vide. Ils ne tombent pas encore (on en est là), ils ont l’air hébété, découvrant, un peu trop tard ce qu’ils ne voulaient pas voir, obnubilés qu’ils étaient par la poursuite effrénée de la vieille croissance.

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