Le séparatisme, et si c’était le bon mot ?! Emmanuel Macron a déjà réussi à imposer le mot dans le débat. ‘Séparatisme’ a remplacé ‘communautarisme’ pour désigner le danger islamiste. Mais ‘séparatisme’ n’est pas encore clairement défini.

Voilà pourquoi chacun peut y mettre ce qu’il veut d’attractif ou surtout de répulsif. 

Avant, donc, de connaitre le contenu politique et normatif voulu par le président, on peut déjà déceler, dans le mot, des aspects bienvenus : il fallait se débarrasser du terme ‘communautarisme’, mot valise… grosse valise contenant trop de concepts flous et parfois opposés. Bien sûr, la France républicaine ne reconnait pas les communautés. 

Il n’y a qu’une communauté, la communauté nationale et des individus égaux en droit. Ça c’est le principe. Mais dans la réalité, des communautés s’organisent et même l’Etat demandent (afin d’avoir des interlocuteurs) aux responsables musulmans de s’établir des représentants pour que ceux-ci jouent leur rôle, en première ligne, dans le combat contre l’islam politique ou l’islamisme radical… Ils y ont tout intérêt puisque les musulmans sont les premières victimes des dérives sectaires de leurs extrémistes. 

Donc il devenait étrange de combattre le communautarisme alors que, de fait, des communautés existent et sont même appelées à s’organiser, du moment qu’elles ne prétendent pas créer un droit concurrent à celui de la république. 

Le séparatisme, justement, pourrait désigner ceux qui veulent sortir du cadre de la république : il cible l’islam politique, l’islamisme radical, là où la dénonciation du ‘communautarisme’ (même avec la précision repli, repli communautaire) pouvait avoir des relents racistes en suggérant que toute une communauté (donc toute une religion) posait problème… 

Jean Luc Mélenchon affirme que ‘séparatisme’ stigmatise spécifiquement les musulmans …  

Tant que ce concept n’est pas clairement précisé par le président (on attend toujours le grand discours sur le sujet, sans cesse repoussé), l’extrême-droite et les polémistes réactionnaires des réseaux sociaux et de C-news, donnent volontiers à ce terme effectivement une acception raciste… 

Mais, affirmer, comme le fait La France Insoumise que le président ou la majorité, en choisissant le mot ‘séparatisme’, veulent amalgamer islamisme radical et islam est non seulement faux mais aussi irresponsable. 

Cette assertion accrédite l’idée d’un racisme d’Etat, non pas seulement systémique, mais proactif ? Pourquoi le président participerait-il à la marginalisation, au malaise, des Français musulmans ? On peut reprocher à cette majorité (par exemple en ayant refusé le plan Borloo) de ne pas en avoir fait assez pour lutter contre la ghettoïsation ou la discrimination, mais de là à estimer qu’il prépare une loi spécifiquement antimusulmane, c’est participer au complotisme ambiant et à la fracturation du pays. 

Voilà pourquoi, maintenant que ‘séparatisme’ est bien installé dans le débat, que ce mot y fait son chemin, il est temps que le président lui donne un contenu précis… surtout nous dise quelles sont les mesures qu’il entend mettre en œuvre pour lutter contre.   

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