Oui, c'est LE ratage de cette rentrée, l'illustration de la panne politique du sarkozysme. Quel était le but de l'opération sécuritaire de l'été ? Je parle du but politicien. Il était d'ailleurs tout à fait assumé au départ: il s'agissait de recréer ce bon clivage droite-gauche à l’ancienne qui a tant bénéficié à la droite par le passé grâce à un discours ferme et volontariste en matière de sécurité. Ce processus a maintes fois été décrit et analysé. Nicolas Sarkozy veut, tout simplement le recréer pour remobiliser le cœur de son électorat (à l'UMP on dit populaire) chez les sondeurs on dira plutôt l'électorat âgé et plus précisément bataillon grandissant des plus de 65 ans. Pour provoquer ce rassemblement grégaire il faut donc forcer la gauche à faire ce que la droite attend d'elle : c'est-à-dire qu'elle parle moins d'économie et de social et qu'elle réponde sur les thèmes de la sécurité et des valeurs. Ces thèmes là sont très pratiques. Ils s'utilisent, habituellement comme des leviers d’une caricature mécanique : droite ferme et réaliste/gauche laxiste et angélique. Retraçons le processus : Bruno vous allez nous lancer un bon truisme frappé au coin du bon sens et du comptoir, une parole sensément populaire et on va décrire les retombées espérées: allez y, n’ayez pas peur… «La délinquance, chacun sait qu'il y a des liens avec l'immigration, c'est souvent pas correct de le dire, mais chacun le sait» Vous venez de prononcer mot pour mot l'une des perles de l'été qui nous avait été servie (on reconnaît la syntaxe) par Fréderic Lefèvre, l’un des deux porte-paroles de l’UMP. Cette phrase n'est ni vraie ni fausse, elle est aussi tendancieuse et vide de sens que si l’on affirmait que «le génie est liée au sexe de l'inventeur puisqu'il y a plus de brevet déposés par les hommes que par les femmes ». Le but n'est pas de dire quelque chose d'intelligent, le but est de provoquer une réaction outrée de la gauche. Pour ça il ne faut pas oublier (comme vous l'avez fait Bruno, c'est bien) de souligner que l’on brise un tabou ou que l’on a le courage d'affronter le « politiquement correct ». Si tout ce passe normalement Bernard Henri-Levy réagit, indigné, dans le Monde du lendemain, le patron du PS monte sur ses grands chevaux, Libé fait une pétition contre le retour du fascisme et le tour est joué. Les ténors de l'UMP n'ont plus qu'à fustiger la « gauche-caviar », qui ne connaît le peuple que depuis la terrasse du Flore ou des Deux Magots. C'était comme ça que ça marchait, avant. Mais ça ne marche plus. À part l'inévitable BHL dans le Monde suivit de la dénonciation douteuse d’une « gauche milliardaire » par Brice Hortefeux. Ça ne marche plus. Visiblement la gauche qui pendant des années a foncé dans la muleta tendue par le sécuritaire de service a décidé, cette fois-ci de viser le torero plutôt que son drap rouge. Du coup la gauche a répondu en cœur… qu'elle voulait plus de policiers ! La gauche a compris qu'il été contreproductif de s'évanouir d'effroi, de réagir en vierge effarouchée. Pire pour les stratèges de l'Elysée, la gauche réclame des policiers et ce sont les centristes et les catholiques qui s'étranglent en observant les atteintes à l'esprit républicain exprimées par la garde rapprochée du président. Les temps ont changé, la gauche est vaccinée, elle gère nombre de villes et départements qui ont des problèmes de sécurité. De même, une bonne partie des maires UMP ne supporte plus les torses bombés des ministres de l'intérieur successifs et les discours sans suite, qui vont avec. Et après 8 ans de politique à la hussarde sur le sujet, c’est à eux, sur le terrain, que les électeurs reprochent le manque de résultat. Si l'on s'en tient au strict domaine stratégique, la réactivation des vielles manettes sécuritaires est donc un échec cinglant, un anachronisme, la preuve d'une certaine déconnexion du sarkozysme.

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