Et puisque je ne suis pas B.Guetta, c’est la transposition de cette notion, à la France, que j’examine. Bien sûr, la France n’est pas en cessation de payement et celui qui est à sa tête est impopulaire. En Grèce, c’est le contraire. Et ce n’est pas parce qu’A.Montebourg crée un parallèle entre Yanis Varoufakis et lui que nous devons comparer Alexis Tsipras et F.Hollande ! Mais, quand même, dans les deux cas (Grèce et France), il y a un hiatus entre ce qui avait été promis et ce qui est fait. Seulement en France, le président fait mine de ne pas voir ce hiatus. Non pas que la politique menée serait mauvaise ou inadaptée (c’est un autre débat) mais simplement que l’idéologie qui la sous-tend n’a jamais été clairement exposée. A l’évidence, ce n’est ni dans le caractère de F.Hollande, ni dans la logique de nos institutions, ni dans notre culture politique, de prononcer (comme le fit A.Tsipras) cette phrase simple : « le mandat que j’ai reçu a atteint ses limites. Le peuple doit se prononcer à nouveau. »

J.Chirac avait, en 1997, voulu faire valider sa politique par le peuple. Bien mal lui en a pris !

Voilà qui a vacciné ses successeurs ! La différence entre Chirac 97 et Tsipras, c’est que Chirac s’était fait élire sur une ligne gaulliste sociale, souvenez-vous, la « fracture sociale », et qu'il a mené, tout de suite après son élection, une autre politique. Tsipras lui, au moins, a essayé de faire accepter aux Européens la politique pour laquelle il a été élu. C’est raté, il le reconnaît et retourne devant le peuple. Chez nous, il y a deux logiques séparées, et ça ne choque pas grand monde en politique (au sens large, militants, journalistes, sondeurs). La logique électorale (ce qu’il faut dire et faire pour être élu) et la logique de gouvernement (ce qu’il faut dire et faire pour gouverner). Comme s’il s’agissait de deux disciplines séparées. Aujourd’hui, F.Hollande sait très bien que des législatives ou un referendum se transformeraient, non pas en choix programmatique, mais en plébiscite contre sa personne. Le général de Gaulle était arrivé au pouvoir pour « régler » la question algérienne –et dans l’idée de ceux qui l’y ont conduit- c’était bien sûr pour maintenir l’Algérie dans la France. Il a fait le contraire et donc il l’a fait valider par le peuple parce qu’il savait très bien que le peuple répondrait au questionneur avant de répondre à la question. F.Hollande, lui, n’a pas les moyens de poser, aujourd’hui, la moindre question aux Français. Il doit donc faire accepter sa politique par la preuve, en obtenant des résultats… Mais dans un monde ouvert et connecté comme le nôtre, une politique, notamment économique (puisqu’il y est largement question de confiance), a beaucoup plus de chance de porter des fruits si elle a été clairement établie et explicitement acceptée avant l’élection. Comme ce n’est pas le cas…et qu’en plus les résultats ne viennent pas… François Hollande semble replonger dans le confort artificiel et éphémère des promesses, fiscales par exemple.

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