Ce soir, pour Nicolas Sarkozy, c'est télé. 90 minutes pour tenter de relancer la machine. Dans un exercice ou il excelle. Attendez-vous à savoir ! Pardonnez-moi si ce matin, j'ai envie de prendre avec légèreté et goguenardise cet évènement médiatico-politique. Voilà une semaine que nous expliquons que Nicolas Sarkozy va s'expliquer. Il fut une époque où nous nous insurgions contre l'omniprésence médiatique de Nicolas Sarkozy, au petit dej, au dej, à l'apéro, au diner, en soirée et même la nuit, quand il y avait descente de policiers dans les cités. Et nous voilà piaffant comme des enfants qu'on aurait privé de bombeks parce qu'il ne parle plus assez. Ah la raréfaction de la parole présidentielle ! Un truc vieux comme le monde ! Plus c'est rare, plus c'est cher, plus c'est cher, moins on l'a, moins on l'a, plus on le désire, et plus les sondages montent... Et y'a des types qui sont payés pour conceptualiser ça ! Nous voilà donc ce matin dans la phase montante du désir de savoir quelle histoire vont bien pourvoir nous raconter la télé et le président. Car nous avons eu toutes les histoires du monde avec cet enfant du petit écran. Il était une fois, Sarkozy le rebelle et le justicier, face à son camp, aux méchantes racailles et au vilain Le Pen - ça, c'était la phase conquête du pouvoir. Il était une fois Sarkozy le compétent, le grand arbre qui allait nous protéger du vaste monde tout en le changeant - ça, c'était la phase présidentielle, bigrement bien gagnée ! Il était une fois Sarkozy parmi les hommes, malheureux et heureux en amour - ça c'était il y a peu. Il est une fois Sarkozy rejetté par l'opinion, comme rarement un chef d'Etat l'a été - ça, c'est aujourd'hui ! Ce soir, nous devrions donc avoir "Il était une fois Sarkozy Le Président". La voix posée, les mots détachés, les ray ban rangées dans la poche du veston, le sourire compté : Sarkozy au pain sec et à l'eau, ayant troqué sa rolex contre une robe de bure. Quant au fond, c'est bien le problème. Que peut-il bien nous annoncer ce soir ? De la relance, du pouvoir d'achat ? "Ben, il est coincé, le gars". C'est ce que j'entendais hier à la terrasse d'un bistrot et c'est vrai que, sans être prix Nobel d'économie, on se dit que pas de croissance + la dette + la présidence de l'Europe qui nous contraint à l'exemplarité + la crise, on se dit que 0+0, ça doit égaler la tête à Toto. Alors, il reste la pédagogie et l'exercice de vérité. Où l'on va, pourquoi on y va et comment on y va ? Retrouver aussi cette cohérence qui a fait sa victoire car aujourd'hui, Sarkozy est désarticulé. Retrouver la cohésion dans son camp. Le recadrage de la semaine dernière n'a visiblement pas suffi. Reparler enfin à son électorat, déazimuté par le tout et son contraire. Et puis, tenir un langage de vérité ! Nicolas Sarkozy excelle dans cet art oratoire. L'une de ses phrases fétiches étant " j'le dis comme je le pense." "Ce sera dur cette année, ce sera dur l'an prochain mais j'ai 4 ans pour gagner, pour réformer." Ira-t-il jusqu'à nous promettre du sang et des larmes ? N'est pas Churchill qui veut. 90 minutes finalement assez banales, tant ses prédécesseurs ont usé, abusé de l'exercice. Mais les Français sont plutôt bonne pate. Et même s'ils connaissent les trucs et les ficelles, ils ne demandent au fond qu'à être convaincus par cet exercice convenu. Et qui sait, nous ne sommes pas non plus à l'abri d'une bonne surprise. Une chronique de Françoise Degois .

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