Après avoir étudié les résultats du premier tour avec attention… peut-on dire que la France penche plus à gauche, ou plus à droite ? On a coutume de dire que la France c’est 40% /45% à gauche et 40%/45% à droite, à la louche… et au milieu il y aurait un marais, variant selon la conjoncture. Près de 44% des électeurs se sont portés sur des candidats de gauche : de Philippe Poutou à François Hollande, nous avons tout le dégradé, du rouge vif au rose pâle. De l’autre coté, il n’y a que l’UMP qui se revendique de droite. Marine Le Pen refuse cette étiquette « ni de droite ni de gauche, du peuple » dit-elle et François Bayrou est centriste affiché, estampillé, affirmé. Donc on pourrait dire que la droite ne pèse que 27%. C’est évidemment faux, une bonne partie des électeurs de Marine Le Pen et un gros tiers des électeurs de François Bayrou se reconnaissent sous l’étiquette droite (nationaliste ou centriste). Le gros score de Marine Le Pen, la droitisation du discours de Nicolas Sarkozy, la modération revendiquée de François Hollande et même, d’une certaine façon le républicanisme tricolore de Jean-Luc Mélenchon, pourrait faire penser que la société française vire à droite et que la locomotive en est Marine Le Pen dont l’influence grandit à mesure que son parti et son personnage se dédiabolisent. Mais, c’est un effet d’optique !Si l’on prend sujet par sujet, on remarque que plus Nicolas Sarkozy droitise son propos plus il baisse, plus Marine Le Pen parle social, reléguant le sécuritaire et l’identitaire au second plan, plus elle monte. La France deviendrait-elle plus raciste parce que Marine Le Pen fait 18% ? Il se trouve que là où il y a des étrangers, le FN fait des scores moins importants que dans certains départements ruraux où sévit surtout une forme de désertification économique.Par exemple, le FN baisse à Roubaix par rapport à 2002 et monte dans les campagnes bretonnes ! Oui et dans les zones rurales on vote FN en disant ne pas vouloir ressembler à la Seine-Saint-Denis… mais justement ! En Seine-Saint-Denis le FN n’est qu’à 13% ! Sauf peut-être dans certains départements de l’Est de la France, l’idée de la mixité et du métissage progresse là où elle est appliquée et produit des fantasmes là où elle n’est représentée que par les images de ghettos violents. En conclure que la France est sur une pente xénophobe serait largement abusif ! De même, il serait abusif de penser que le bon score de François Hollande marque un glissement à gauche de la société française. Certaines idées de gauche, d’autres de droite progressent ou régressent sans véritablement de cohérence d’ensemble. François Hollande et Jean-Luc Mélenchon ont su remettre au cœur du débat la valeur traditionnelle de la gauche qu’est l’égalité. De l’autre côté, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen ont insisté sur un autre besoin exprimé par les Français : l’ordre et l’autorité, valeur classique de la droite. Sans pouvoir déterminer qui de la gauche ou de la droite pèse le plus sur la société française, on peut au moins souligner une évolution. Dans les années 80, l’opposition gauche/droite se traduisait par la concurrence égalité/ liberté… les libertés ont progressé dans le domaine économique au détriment de l’égalité, mais aussi dans le domaine sociétal (domaine pour lequel la liberté est plutôt une valeur de gauche et n’est pas opposée à l’égalité). Aujourd’hui le débat s’articule plus autour de la concurrence égalité/ordre. Un match égalité/ordre à la place d’un match égalité/liberté. On peut le ressentir comme une régression ou comme la manifestation du triomphe de la liberté. Une élection peut aussi produire des sujets pour l’épreuve de philo du bac…

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