Par Marc Fauvelle.

François Hollande, le choc de moralisation et l’effet Red Adair.

C’est un responsable socialiste qui ose la comparaison. Avec son choc de moralisation de la vie politique, qui sera dévoilé ce matin au conseil des ministres, François Hollande se comporte explique t-il, comme Red Adair, ce pompier américain, immortalisé par John Wayne qui s’était fait une spécialité d'éteindre des puits de pétrole en feu grâce à des explosifs… Le principe était simple, mais risqué : pour éteindre un l’incendie, rien ne vaut une explosion encore plus forte.... Aujourd’hui, on l’aura compris, le puits en feu, c’est l’affaire Cahuzac, et la déflagration, c’est cette loi, préparée dans l’urgence, et qui ressemble furieusement à un contrefeu politique. Comment faire oublier une affaire de mensonge, de compte en Suisse d’un ministre, eh bien, en demandant à tous ses collègues et maintenant aux parlementaires de dévoiler le montant de leur livret A ou la valeur de leur maison. Ou encore d’interdire aux parlementaires d'exercer certains métiers pendant leurs heures sup’. Pas sûr qu’avec ce formulaire, on aurait découvert plus tôt les relations entre Jérôme Cahuzac et l’industrie pharmaceutique, ni d’ailleurs l’existence de son compte caché. Toutes proportions gardées, cela fait un peu penser aux questionnaires des douanes que l’on doit remplir en arrivant aux Etats-Unis. A la question, « êtes-vous un terroriste ? », il faut faire preuve d’un sens de la discrétion assez faible, ou d'une honnêteté spectaculaire, pour cocher la case oui. Mais qu’importe, François Hollande a pour l’instant gagné son pari. Le premier feu est presque éteint, même s’il couve encore, on ne voit plus que le nuage de la deuxième déflagration. Et il a réussi à enfoncer un coin dans l'opposition ; certains, comme Laurent Wauquiez, lui ayant emboîté le pas, en publiant leur patrimoine, la main sur le cœur, et d'autres, comme Jean-François Copé, donnant l'impression d'y aller à reculons. Et dans cette affaire, François Hollande a voulu taper fort et aller vite. Au risque de faire exactement ce qu’il reprochait à Nicolas Sarkozy : surréagir, légiférer dans la précipitation, sous la pression des Français, et des médias, encore eux. Vendredi dernier, le texte du gouvernement était encore sur la table du conseil d’Etat. Hier soir, les derniers arbitrages n’étaient toujours pas rendus à Matignon, et les derniers détails toujours en cours de rédaction. C’est le cabinet du Premier Ministre qui pilote directement l’opération, c’est lui qui présentera le projet de loi aujourd’hui à la table du conseil des ministres. Au final, il ne se sera écoulé que deux semaines entre les annonces de François Hollande, et leur concrétisation aujourd’hui. C’est presque un record pour un texte censé désormais servir de bible de la vie politique.

Chez les parlementaires socialistes, on s’agace du secret qui entoure ces mesures. Certains se sentent « squeezés » : «On ne nous dit rien, lâche un député, on a le sentiment d’être jeté en pâture ». Un autre prédit une loi « radicale, et qui pour l’heure n’a pas de majorité pour la voter dans l’hémicycle ». Et le président de l’Assemblée, Claude Bartolone lui aussi y est allé de son couplet, dénonçant une « démocratie paparazzi », une mesure qui va attiser l’antiparlementarisme... Le 4ème personnage de l’Etat est entré dans un bras de fer avec le chef de l’Etat.

Et au-delà de l'effet d'annonce, c'est dans les détails du texte, dans ses décrets d'application, dans les amendements qui seront ajoutés que l'on jugera véritablement du rapport de force et de la détermination de François Hollande à jouer la carte de l'opinion, contre son propre camp.

Imposera-t-il vraiment la publication des patrimoines des élus ? Ou acceptera-t-il une version plus light, qui consisterait à renforcer les sanctions contre les fraudeurs, sans publier le détail des patrimoines ?

Interdira-t-il à ces mêmes élus d'exercer toute profession qui ferait courir ne serait-ce qu’un risque de conflit d'intérêts, ou préfèrera-t-il simplement plafonner les revenus que les parlementaires tirent de ces activités, comme certains le suggèrent ?

En clair François Hollande, a-t-il tapé fort, pour aussitôt passer la pommade à ses troupes… On a hâte de le savoir.

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