C’était hier à Carmaux, la patrie de Jaurès. François Hollande venait commémorer le centenaire de sa mort quand une femme s’approche… et l’interpelle.

Jaurès, il parlait pas comme vous... Et vous venez le saluer, aujourd'hui, Monsieur le Président... Pensez-y, pensez-y !

Et Marc Fauvelle a choisi ce matin de revenir sur ces mots…

Parce qu’ils sont clairs, directs, et qu’ils illustrent le désamour durable qui s’est installé entre les Français et le Président... Mais si l'on écoute attentivement cette femme, ses propos peuvent s'entendre de deux manières. La première, la plus évidente, c’est qu’Hollande n’est pas Jaurès ! La social-démocratie du premier n’a rien à voir avec le socialisme encore emprunt de lutte des classes de son lointain prédécesseur. Mais, cette interpellation, on peut aussi la prendre au pied de la lettre : les mots de François Hollande, orateur plutôt moyen, n'ont jamais résonné aussi fort et aussi loin que ceux du tribun Jaurès. A l'exception du discours du Bourget, François Hollande ne sait pas soulever les foules, ni les faire vibrer. Ce reproche, évidemment, ne date pas de François Hollande. Au fil des années, depuis François Mitterrand, la Gauche a abandonné son discours politique traditionnel, pour lui substituer un discours économique , puis, ces dernières années, de plus en plus technocratique . Prenez deux exemples : Bruno Le Roux, le patron des députés socialistes, invité au micro de France Inter hier matin, interrogé sur la mises à la diète des fonctionnaires... que répond-il ? Un grand discours sur le rôle de la fonction publique, ou ses missions ? Pas du tout ! Il parle alors du GVT. Le glissement vieillesse-technicité, bien connu de toutes les familles de France ! Ça s’appelle un langage techno. Précis, mais abscons pour les Français qui l'écoutent. Deuxième illustration : quelques heures plus tard, dans une interview au Monde , le ministre des Finances, Michel Sapin, est interrogé sur les prévisions de croissance et l’impact qu’auront les baisses de charges accordées aux entreprises. Et là, on touche au summum avec cette réponse :

Il ne faut pas faire des additions statiques, mais des additions dynamiques.

Fermez le banc, on ramasse les copies dans quatre heures.

Et des exemples comme ces deux-là, il y en a à profusion. On a la fameuse « inflexion de la courbe du chômage » qui, en langage courant, s’appelle redonner du travail. Le pacte de responsabilité qui signifie aider les entreprises plutôt que les salariés. Le pacte de solidarité, qui veut dire l'inverse et, cerise sur le gâteau, le merveilleux « redressement dans la justice » prôné par Jean-Marc Ayrault. A force de ne parler que cette langue aux Français et à leurs électeurs, les Socialistes ont laissé aux deux extrêmes, Jean Luc Mélenchon et Marine Le Pen, le monopole du parler-vrai et parler-cru, qui n’est pas toujours, heureusement, synonyme de populisme. Ce langage "techno", devenu quasiment la norme, sert aussi de paravent à la faiblesse idéologique du PS. Construit comme un parti de combat, dans la foulée de la SFIO de Jaurès, il a été tour à tour antipatrons, anticolonialiste, anticapitaliste, pro-féministe... avant de devenir au fil du temps un simple parti de gestionnaires, sérieux, mais sans idéaux, sans combat, et donc sans horizon ni discours mobilisateur. Comment espérer faire vibrer la Gauche, quand le dogme des 3% est devenu l'alpha et l'oméga de la politique du gouvernement ? Faire de la lutte contre le chômage une priorité, c'est évidemment louable, mais ça ne constitue pas une feuille de route, ni un programme ! Alors, faute de combat à mener, le socialisme s'est créé une nouvelle langue, presque indéchiffrable. A lui de lui redonner de la chair, du concret, s’il ne veut pas la transformer définitivement en langue morte !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.