Oui, la République est devenue, dans le débat politique, un talisman, c’est-à-dire un objet paré de vertus magiques. Le pays semble en proie à un grand doute existentiel… Et la République apparaît comme le refuge idéologique pratique où chacun semble pouvoir mettre ce qu’il veut. Un parti de masse en France ne peut être que républicain. Le PCF l’avait bien compris après la guerre, qui avait pris Marianne comme l’un de ses emblèmes fétiches et qui faisait chanter la marseillaise autant que l’internationale à la fin de ses meetings. Ce fut aussi la grande trouvaille de Jean-Luc Mélenchon que d’imposer le drapeau tricolore et une phraséologie de sans-culotte au Parti de Gauche, pourtant largement peuplé, lors de sa création, d’anciens militants trotskistes à la fibre, au départ, beaucoup plus internationaliste. Et c’est en républicanisant l’image du FN, sous l’égide de ses recrues chevènementistes, que Marine Le Pen a donné un nouvel essor à son mouvement.

Et pour lancer son nouveau parti, Nicolas Sarkozy s’affirme plus républicain que les autres !

Oui, il a eu sa période Buisson, néo-maurassienne, à la fin de son quinquennat, alors qu’il commençait à parler de « France éternelle », de « France des cathédrales ». Quand Buisson a dû quitter la sarkozie pour cause d’espionite paranoïaque, l’ancien président, pour autant, n’a pas abandonné tous les préceptes de son gourou déchu. Il lui reste une conception purement identitaire de la laïcité, une conception de la République, pour le moins conservatrice. Et effectivement, il prétend détenir, lui plus que quiconqu), les vrais morceaux, non seulement de la croix de Lorraine mais aussi de la République. « A gauche, ils sont d’abord socialistes avant d’être républicains », dit Nicolas Sarkozy, qui sera sans doute le dernier à trouver les socialistes encore socialistes ! Nous, poursuit-il, « nous sommes républicains avant d’être gaullistes ou libéraux ». Soit. La république, c’est d’abord un système politique, mais c’est aussi un ensemble de valeurs qu’il convient sans cesse de faire évoluer. Ainsi, par exemple, avant 1945, pour beaucoup, être contre le droit de vote des femmes, c’était être un bon républicain puisque c’était contrer l’influence dans l’église ! Aujourd’hui, l’égalité homme/femme est un combat des plus républicains. Il en va de même pour la laïcité au quotidien. Ne pas offrir de repas de substitution à l’école est-il plus laïc que de permettre aux juifs et musulmans pratiquants de ne pas en manger ? On aurait pu croire que l’affirmation républicaine de la nouvelle UMP s’inscrivait dans une tentative d’adaptation de la République aux temps nouveaux. En fait d’adaptation, Nicolas Sarkozy « identitarise » le concept. Mais pour l’instant, à entendre l’ancien président, il s’agit surtout de se lancer, avec les autres partis politiques, dans une sorte de grand concours de taille de République.

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