Le clivage gauche-droite a volé en éclats, mais il n’est pas encore remplacé par une fracture nette.

Avec un duel Macron-Le Pen au second tour de la présidentielle, c'est un nouveau paysage politique qui se dessine en France.
Avec un duel Macron-Le Pen au second tour de la présidentielle, c'est un nouveau paysage politique qui se dessine en France. © AFP / Pascal Pavani

On ne prend pas grand risque à dire qu’Emmanuel Macron, sauf accident, sera à l’Élysée mi-mai. Mais quand on s’est extasié sur le destin incroyable, la réussite politique et la prouesse tactique, on n’a pas dit grand-chose ! L’élection maîtresse de nos institutions vient de bouleverser la logique droite-gauche autour de laquelle était organisée notre vie politique. Hier, Emmanuel Macron a esquissé les termes du nouveau clivage. Il s’est défini comme le candidat des patriotes, engagés dans la construction européenne contre le nationalisme. Il a parlé de progressistes contre les conservateurs. Il s’est dit du camp, je reprends ses mots, des « bienveillants » et des « optimistes », face, donc, à ceux qui sont dans le rejet, la noirceur et le pessimisme.

Marine Le Pen aussi a tenté de définir ce nouveau clivage

Avec d’autres mots, la candidate de l’extrême droite affirme représenter le peuple contre la caste et le système, l’élite dite mondialisée. L’électorat de Marine Le Pen se recrute parmi ceux qui ont de fortes raisons d’être inquiets de la mondialisation et de la construction européenne. Cela prouve que le nouveau clivage est aussi social, sociologique, ce qui peut être source de grandes fractures à venir… Pour l’instant, même si l’issue du scrutin ne fait guère de doute, la nature du nouveau clivage que souhaite instaurer Emmanuel Macron n’est pas encore clairement définie, pas encore assez intelligible pour susciter l’adhésion massive et politique. Il ne faudrait pas qu’Emmanuel Macron pense, à ce stade, que la promesse de son élection soit la promesse d’une adhésion, comme la teneur de son discours d’hier pouvait le laisser penser. Les jours qui viennent et singulièrement le débat du 3 mai seront déterminants. Non pas pour que soit assurée sa victoire, mais pour qu’après la présidentielle puisse émerger une vraie majorité.

Emmanuel Macron sans vision globale de la société

L’idée du renouvellement des « visages et des usages » a pu suffire (dans cette ambiance de chamboule tout) à propulser Emmanuel Macron en tête, mais son progressisme patriotique et européen, son projet de libéralisation du travail et d’individualisation de la protection sociale ne constituent pas encore une vision globale de la société. Le fait de se retrouver face à Marine Le Pen, et donc de pouvoir gagner simplement sur sa capacité à faire barrage au FN ne va certainement pas aider à la clarification. On peut gagner une élection sur un rejet, on ne peut pas gouverner sur un rejet. Emmanuel Macron va devoir mieux définir sa vision de l’avenir.

Il nous a déjà dit (et au monde entier) que la France ne suivrait pas les États-Unis et les Anglais dans le vaste mouvement de repli nationaliste qui semblait s’être emparé de la planète… c’est déjà beaucoup ! Mais il ne nous a pas encore montré clairement de quoi l’ouverture et le progressisme qu’il propose étaient faits. L’ouverture à quoi, le progrès pourquoi ? Le candidat est En Marche !, certes, mais vers où et pourquoi ? Sans une réponse plus claire, Emmanuel Macron serait mal élu le 7 mai et, surtout, les législatives de juin auraient peu de chances de lui donner une majorité.

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