Ce matin, la polémique politico-scientifique autour de l’origine du coronavirus. Oui depuis le début de cette crise, arguments politiques et scientifiques s’entremêlent, c’est bien normal… Pour déconfiner correctement, il faut soupeser, confronter les risques scientifiques, économiques, et donc politiques…

Le  scientifique doit éclairer le politique sans prendre le pas sur lui

La  science est au service de la politique. Ça c’est la théorie générale.  Mais un courant d’idées est particulièrement lié à la  science… Son principal argument est scientifique : c’est l’écologie. D’ailleurs, au départ l’écologie est une science. Une science pratiquée non pas par des écologistes mais par des écologues. On devient écologiste quand on tire les conséquences politiques d’un  constat scientifique : celui de la limite des ressources, la finitude du monde. L’idéologie écolo est donc intimement liée à un fait  scientifique. Ce qui ne l’empêche pas de développer des projets de  société ambitieux avec des arguments qui dépassent, fort  heureusement, le cadre de la science. Mais puisque les écologistes ont,  par rapport aux idéologies (socialistes, libérales, conservatrices ou  autres) cette justification scientifique, ils peuvent avoir tendance à  abuser du côté imparable et objectif de la  science.     

Est-ce le cas pour la crise du coronavirus ?

Et bien, prenons cette phrase, je cite : « la plupart des causes du Covid-19, comme la déforestation ou les énergies fossiles, sont aussi à l’origine du changement  climatique. Il faut donc s’attaquer à ces causes profondes, et la transition bas carbone est une réponse ».  C’est une affirmation du Haut Conseil Climat, reprise et tweetée par  Yannick Jadot. Cette phrase crée la polémique puisqu’elle établit un  lien de  causalité sans ambages entre le réchauffement climatique et le fait  qu’un pangolin indument vendu sur un marché chinois soit peut-être à  l’origine de la pandémie. Si la déforestation massive, surtout dans les  zones tropicales entraine des catastrophes environnementales  en chaine, si elles bouleverse, par exemple, l’habitat naturel de bien  des espèces qui sont obligées, dès lors, de se rapprocher des villes,  contaminent d’autres espèces avec lesquelles nous sommes en contact, si  par conséquent la plupart des spécialistes  de la biodiversité affirment que notre mode de vie, la monoculture  exportatrice qui déforeste, est à l’origine de bien des virus et du  développement du phénomène de zoonoses… rien ne dit que (en  l’occurrence) le trop-plein de pangolins ou de chauve-souris  (qui ne sont d’ailleurs encore que des suspects) sur un marché chinois  soit liés à la déforestation. Autrement dit … Aujourd’hui, tous les  climatosceptiques, tous les écolophobes sautent sur l’occasion. Il n’est  pas sûr que le coronavirus soit une pandémie  née d’un problème écologique. Et l’affirmer trop vite, c’est utiliser  les mêmes armes que les démagogues férus de vérités approximatives… Le  monde souffre de bien assez de maux liés au non-respect de  l’environnement pour qu’il soit nécessaire d’en rajouter…  avant que la preuve soit établie. En politique, même si c’est tentant,  il ne faut pas faire feu de tout bois. Avoir raison sur un problème  global ne justifie pas d’interpréter, trop rapidement, le moindre  événement, même dévastateur.       

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