Choc entre deux informations de nature judiciaire. La grâce de Jean-Charles Marchiani et le maintien en détention de Julien Coupat et Yldune Lévy. Evidemment, la première information aurait dû passer plus ou moins inaperçue - nous sommes le 24 décembre. Mais, le maintien en prison des deux jeunes de Tarnac vient souligner l’insupportable impression d’un « deux poids deux mesures », d’un « selon que vous serez puissant ou misérable ». Reprenons ces deux affaires qui n’ont, c’est vrai, rien à voir mais disent beaucoup de choses : la première, Jean-Charles Marchiani, grand serviteur de l’Etat, ancien agent secret, ancien préfet, ancien homme politique, ami de Charles Pasqua, grand connaisseur de tout un tas d’histoires que nous ne connaitrons jamais, était en prison pour trafic d’influence. Il en avait encore pour 6 mois. Il est gracié pour comportement exemplaire avec 27 autres détenus. C’est étrange mais ce que l’on comprend surtout c’est que l’important était que dans le lot, il y ait monsieur Marchiani. Alors, loin de nous l’idée de dénoncer ces libérations. Des hommes retrouvent leur liberté le jour de Noël, Jean-Charles Marchiani, qui a rendu des services à la nation, notamment en aidant à la libération d’otages au Liban, a aussi été reconnu coupable d’abus de biens sociaux. L’un dans l’autre, il ne mérite peut-être pas la prison. Seulement en dehors des juges, on se demande qui peut en décider mais soit, tant mieux pour lui et tout nos vœux. Là où l’on se frotte les yeux, là où l’on se dit que vraiment en politique tout est possible, que plus c’est gros, plus ça passe, c’est lorsqu’on se replonge simplement dans les discours du candidat Sarkozy avant l’élection présidentielle ! Il disait « Si un jour, je devais avoir des responsabilités, l'une des premières choses que je ferais, c'est de supprimer le droit de grâce et l'amnistie qui remettent en cause la séparation des pouvoirs. » C’est beau comme du Montesquieu. C’était en 2006. Le Président a appliqué ce nouveau principe lors du premier 14 juillet de son quinquennat. Une mesure plutôt courageuse, notamment concernant la non amnistie pour les PV. Une mesure saluée par les défenseurs de la fameuse séparation des pouvoirs et par tous ceux qui trouvent que la pratique de la fonction de Président de la République en France a trop souvent des accents monarchiques. Ça n’aura pas duré. La rupture dans la gouvernance, tant promise ne passera donc pas non plus par là. La deuxième affaire, c’est le maintien en détention de Julien Coupat et de Yldune Lévy. Ils passeront Noël en prison. Julien Coupat sera peut-être libéré vendredi mais la procédure d’exception, la procédure anti-terroriste, est toujours de mise alors que même dans l’hypothèse (et pour l’instant les enquêteurs n’ont pas assez d’éléments pour le dire), même dans l’hypothèse où Julien Coupat et ses amis seraient responsables du sabotage de la caténaire de TGV, cela n’a rien à voir avec du terrorisme. Il s’agit d’un sabotage condamnable, répréhensible, coûteux, mais le fait d’accoler le mot terrorisme à cet acte dévalorise la lutte contre le terrorisme et fait craindre une utilisation politique d’une procédure qui doit rester exceptionnelle. Les propos du ministre de l’intérieur au moment de l’arrestation des 10 jeunes de Tarnac trahissaient son désir d’avoir à faire à des terroristes. La probable libération prochaine de Julien Coupat, malgré tous les recours du parquet, serait donc un coup dur politique pour Michèle Alliot-Marie qui s’est mise toute seule dans cette situation. Ces deux affaires touchent aux principes de la séparation des pouvoirs et la proportionnalité des peines et des procédures. Elles donnent simplement envie de rappeler ceci « Il n'y a point encore de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice », c'est-à-dire du gouvernement. Cette fois ci, c’est Montesquieu !

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