Le Conseil d’État, saisi par le défenseur des droits a donc estimé que les mères qui accompagnent les enfants lors des sorties scolaires pouvaient rester voilées…

Oui, parce que les mamans, dit le Conseil d’État, font partie des usagers, et non pas des agents, du service public soumis à la neutralité. Mais la circulaire Chatel de mars 2011, qui précise que les mères accompagnantes de sorties scolaires doivent ne pas être voilées, reste quand même valable ! Bref, cela veut dire que c’est aux enseignants et aux directeurs d’école de juger de la situation, du contexte, sans rien imposer… C’est à eux de jongler avec ces deux règles. Cette décision paraît, sur le papier, bien étrange, mais elle a en fait sa logique. Au-delà du principe salutaire de neutralité, qui doit s’appliquer à toutes les activités scolaires, au-delà de la volonté de promouvoir une société d’égalité entre les sexes, il faut quand même se mettre à la place des enseignants et des enfants… On parle ici de sorties scolaires, de classes qui vont au musée, au théâtre, au cinéma, visiter une ferme, un château… Est-ce bien nécessaire d’imposer à une communauté scolaire une controverse interne contre une maman parce qu’elle est voilée ? Quand une partie de l’UMP s’insurge, quand Marine Le Pen, dont le parti compagnonne avec les intégristes catholiques, appelle à un sursaut laïque et réclame une loi pour interdire le voile lors des sorties scolaires cela relève de la technique de l’hystérisation des débats à des fins politiques.

Cet avis du Conseil d’État rappelle aussi l’affaire de la crèche Baby Loup.

Oui mais ça n’a rien à voir et il faut le préciser parce que l’amalgame est souvent fait dans les commentaires depuis hier soir. Cet avis n’est pas en contradiction avec les dernières décisions de justice qui valident le licenciement de l’employée voilée de la crèche privée. Ce licenciement était, lui, bien justifié, puisque la crèche en question est, ce que l’on appelle une « entreprise de tendance ». Une crèche militante féministe revendiquée, qui véhicule des valeurs de laïcité et bannit le voile. C’est pour ne pas avoir respecté cette charte interne que l’employée de Baby Loup a été licenciée, pas du tout pour ne pas avoir respecté un principe de laïcité en vigueur dans un service public. Dans le cas traité hier, le Défenseur des droits était saisi par des enseignants et des parents d’élèves parce que la circulaire Chatel était difficile à appliquer. Et le Défenseur des droits a lui-même demandé au Conseil d’État de clarifier les choses. Une mesure que l’on juge juste sur son principe mais qui n’est applicable que par une coercition disproportionnée : c’est une mesure inadaptée. Le gouvernement peut décider maintenant de trancher plus fermement et de légiférer. Mais, en l’occurrence, s’agissant de traditions, de religion, d’intimité, on ne voit pas pourquoi la loi aurait plus de force, sur le terrain, qu’une simple circulaire. La loi donnerait simplement l’occasion d’un débat national, un de plus, avec instrumentalisation et tirades grandiloquentes sur la question essentielle pour la survie de notre civilisation : le voile des mamans au château de Versailles ou au théâtre de marionnette ! Dans ces affaires, le cas par cas, le dialogue et la pédagogie, la prise en compte des facteurs humains, de ce que peuvent ressentir des enfants et ces mamans sont les meilleurs instruments. Des notions que le FN, tout juste converti à une laïcité sélective et de combat, ne peut pas envisager.

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