Ce matin, la menace terroriste !

Oui, la menace terroriste a ceci de particulier que ce ne sont pas les attentats en eux-mêmes qui sont les plus destructeurs. La menace, elle-même, distille un venin pernicieux…un carburant qui alimente le discours de ceux qui n’ont jamais accepté qu’être français, ce n’est pas une question de religion, de race ou de culture d’origine. Les identitaires de tous poils, et particulièrement ceux de l’extrême droite, les polémistes soi-disant bâillonnés ou les dirigeants de partis très fraîchement soi-disant républicains, se nourrissent de la menace terroriste. Ils font prospérer leur discours paranoïaque, leur panique identitaire, grâce à cette ambiance de défiance généralisée. Le journal Valeurs Actuels, par exemple, posait hier sur son site Internet la question la plus débile de l’année, la plus amalgameuse: je cite « Drame de Dijon, Joué-les-Tours, Nantes, pensez-vous qu’il s’agisse d’actes isolés ou d’actes de terroristes islamistes ? » Les internautes devaient cliquer devant l’une de ces affirmations, comme s’il s’agissait d’avoir une opinion sur cette question et non pas des informations sur des faits.

La menace terroriste renforce la vision communautariste de la société… Oui, elle agit donc comme un puissant corrosif, qui abime les rapports entre les communautés… Les communautés justement ! voilà qu’on en parle, qu’elles deviennent des éléments du débat. Alors qu’il ne devrait pas y en avoir dans notre République qui, idéalement, n’en connaît qu’une : la communauté nationale. Mais quand la menace terroriste est là, tapie, rappelée à tout propos par les gouvernants, soucieux –et c’est normal- de prévenir la population, on ne parle plus que de communauté. « Il ne faut pas stigmatiser telle communauté, il ne faut pas amalgamer les musulmans aux islamistes »… On réclame des musulmans des manifestations de réprobations. Finalement, on ne fait rien d’autre que distinguer ou séparer. Pourquoi un Français d’origine magrébine, de culture musulmane, devrait se sentir plus concerné qu’un autre ? Pourquoi devrait-il manifester plus qu’un autre son dégoût ? En même temps, les démonstrations du type « not in my name » sont réalisées avec les meilleures intentions du monde ! Mais ce faisant, ce genre d’initiatives ancre le fait communautaire. Le pacte républicain qui, par nature, est anti communautaire, est un pacte précieux. Mais il est devenu très fragile dans ce monde ouvert. En 1892, Jaurès définissait ainsi la République « c’est le droit de tout homme, quelque soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de souveraineté ». Ce n’est pas une question de communauté mais d’individus libres. Pour affronter le terrorisme identitaire des islamistes, comme les paniques identitaires de l’extrême droite, donc le communautarisme ambiant, il faudrait d’urgence réactualiser et reformuler la doctrine républicaine. Malheureusement, il n’y a pas de voix politique assez forte et assez légitime, en ce moment, pour faire ce travail.

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