Thomas, normalement, ce matin vous allez dire exactement le contraire ce que vous avez dit d’hier…puisque finalement la déchéance de nationalité est retenue ! Oui, presque ! Ma critique d’hier consistait à dire que le renoncement à une telle annonce, faite devant l’ensemble de la représentation nationale, dans un tel moment, était un grave coup porté à la parole publique et une attitude politicienne d’autant plus coupable que cette annonce était formulée au nom de l’unité nationale. Hé bien cette critique tombe. La parole lestée du poids de la solennité qu’imposait la gravité des évènements sera finalement tenue. Et c’est mieux pour la crédibilité même de la politique dans son ensemble déjà bien abimée. Nous nous basions, hier sur ce qu’avait dit la ministre de la justice, dont la parole est d’or puisque que C.Taubira sera celle qui portera la réforme à l’Assemblée et au Sénat. Et là on est face à un autre problème. Aura t’elle la force de conviction pour animer ces débats ? ça ne regarde qu’elle. La ministre peut très bien se contenter d’être le porte-parole mécanique et à contrecœur du président. La critique d’hier sur l’aspect tactique de cette annonce ne tombe, elle, que partiellement. La réforme constitutionnelle, pour insérer l’Etat d’urgence dans le corpus de droit et de liberté de nos institutions, peut se concevoir, mais c’est aussi –et sans doute surtout- une façon de piéger la droite en l’obligeant à voter un texte du président puisqu’il faut que les 3/5ème des parlementaires (donc une partie de la droite) approuvent la réforme pour qu’elle ne soit pas bloquée.

Mais, pour revenir à la déchéance de la nationalité, c’est un revirement idéologique très important !

Bien sur, un revirement qui a de quoi troubler, choque même, toute la gauche et bien au delà, comme on le voit avec la réaction désolée de J.Toubon, le défenseur des droits. L’extension de la déchéance de nationalités aux binationaux nées en France, crée une citoyenneté divisible, en contradiction avec la doctrine républicaine originelle. D’autant que le 1er ministre souligne que cette mesure, sans efficacité opérationnelle, est purement symbolique. Mais symbolique de quoi ? D’un accroc sérieux au droit du sol, à l’idée républicaine telle que, par ailleurs, il ne cesse de l’invoquer. C’est assez étrange parce qu’il y avait une bien meilleure façon de présenter les choses. On aurait pu imaginer que le 1er ministre dise « cette mesure n’est que symbolique », mais symbolique de la volonté de la majorité d’endosser une réforme proposée par l’opposition, sans l’approuver sur le fond, justement, au nom de l’unité nationale. Une mesure donc symbolique simplement de l’union nationale. Ce discours, aurait sans doute été mieux compris par la gauche. Toujours est-il que pendant que le monde politique et intellectuel, les médias (et nous même dans cette chronique) nous nous focalisons sur une mesure décorative, qui ne concernera personne, on oublie de se poser la seule question qui vaille : Le Président aura-il le courage politique, fin février de sortir la France de cet état d’urgence qui est n’a plus d’efficacité, qui défit l’état de droit et écorne, s’il dure, les règles démocratiques élémentaires ?

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