Rarement scrutin si proche n'aura paru si lointain. Les Français ont la tête dans les retraites et En Marche organise l'illisibilité du scrutin et de ses résultats.

Emmanuel Macron, président de la République, pendant la cérémonie officielle d'arrivée à l'aéroport international Diori Hamani au Niger
Emmanuel Macron, président de la République, pendant la cérémonie officielle d'arrivée à l'aéroport international Diori Hamani au Niger © AFP / Ludovic MARIN / POOL

Une alerte enlèvement ce matin : où est l’introuvable campagne des municipales ? 

Oui, le calendrier de l’Avent plutôt que l’agenda politique. On comprend que les Français aient la tête ailleurs. Mais il ne reste plus qu’un mois et demi pour vous inscrire sur les listes électorales. Le 7 février, ce sera trop tard. Dans deux mois et trois jours, vous ne pourrez plus déposer de candidatures en préfectures. 15 mars : 1er tour. 22 mars : second tour. Rarement scrutin si proche n’aura paru si lointain… Tous les instituts de sondage vous le diront : les Français ne sont pas du tout dedans.

Et c’est très différent de ce qui s’est passé en 2014…

Trois mois avant le scrutin, le match PS/UMP est déjà installé, le vote sanction anti-Hollande déjà cristallisé. Après la vague rose, la vague bleue se prépare. Qui peut dire aujourd’hui si elle aura une couleur ? Et si même il y aura une vague ? Tellement il est devenu complexe de se repérer dans ce monde politique éclaté et multipolaire.

La campagne des retraites éclipse celle des municipales ?

Oui, et les agendas se télescopent. Dans la dernière ligne droite de la campagne fin février, le débat sur la réforme battra son plein à l’Assemblée, obligeant tous les candidats, localement, à s’engager sur le sujet.  Au départ, ce n’était pas ça le plan. Souvenez-vous de Gérald Darmanin annonçant, à la rentrée, "un petit peu moins d’un an" de discussions avant de finaliser le projet de loi. 

L'Élysée a accéléré la cadence. Les retraites percutent déjà la campagne. C’est déjà largement le cas à Paris. Benjamin Griveaux, avec qui Edouard Philippe s'est affiché hier dans une visite de soutien aux commerçants lésés par les grèves, Griveaux tente de mettre Hidalgo dans le camp des grévistes et de la chienlit… Laquelle réplique sur l’absence de dialogue social au sommet de l’Etat. Même nationalisation du scrutin, pour la Lilloise Martine Aubry, qui muscle son positionnement anti-Macron. Je cite sa déclaration de candidature : « Je n’ai pas envie que Lille devienne comme la France un pays où seuls les plus riches sont aidés ». 

Mais les retraites ne sont pas le seul élément perturbateur…

Non, il y a un phénomène de candidatures sans étiquette fixe… Une passion pour la dissidence. Comme si ça faisait moderne d’être rebelle à son parti. Combien de candidats se rêvent en mini-Macron, « disruptant » tout sur leur passage et déjouant les pronostics ? Dissidence au sein des Républicains à Marseille, schismes au sein d’En marche à Paris et à Lyon. Dans les 50 premières villes de France, la République en Marche doit gérer un tiers de dissidences ! Et quand ce ne sont pas des dissidences, c’est de la cohabitation houleuse avec le Modem… À Bordeaux, François Bayrou roule pour le dauphin d’Alain Juppé. Enfin, parfois, ça frise le ridicule ! Comme à Biarritz, où deux membres du gouvernement veulent se lancer sur deux listes concurrentes.  

Un grand bazar, mais plus organisé qu’on ne le croit ?

La réalité, c’est que plus personne en macronie ne s’imagine faire des miracles en mars. Si Paris reste à gauche, ce sera lu comme son échec. Alors, l’idée est de faire de ces municipales un laboratoire, pour élargir le bloc majoritaire. Agir, UDI, UDE, radicaux, en plus du Modem, En Marche traite cette myriade d’alliés pour préparer 2022. D’où ce patchwork illisible de soutiens à des sortants, plus souvent à droite qu’à gauche d’ailleurs. On donne, on deale, l’investiture, pour recueillir plus tard le contre-don.

Et que dire des maires doublement investis par LR et par En Marche, comme à Toulouse et bientôt à Nice ? Pour la clarté du choix, il faudra repasser. L’ADN d’En Marche s’en trouve sacrément dénaturé. 

Enfin, astuce suprême et grossière, que l’on doit à Christophe Castaner, une circulaire vient d’être envoyée aux préfets, pour que dans les communes de moins de 9.000 habitants, les listes concurrentes ne soient plus étiquetées selon une couleur partisane… C’est ce qui s’appelle dépolitiser un scrutin. Opération vouée à l’échec : qu’il fasse diversion ou pas, ce nouveau mid-term après les européennes impactera le Président, en positif, comme en négatif. Derrière l'enfumage, ce qui se joue, c'est l'implantation d'En Marche au niveau local. De Gaulle avait eu du mal dans les premières années du RPF. Qu'en sera-t-il pour le plus jeune président de la 5ème République ? Comptez sur nous pour désenfumer !

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