J-3 avant la campagne de vaccination, et des signes de fébrilité qui interrogent... Il a suffi de moins de 140 signes postés lundi soir par Marine Le Pen sur twitter, pour faire reculer le gouvernement.

La vaccination à reculons ?
La vaccination à reculons ? © Getty / Cravetiger

Emmanuel Macron aurait "menti" : le projet de loi instituant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires ferait des Français non vaccinés des "sous-citoyens", écrit la présidente du RN.  

Dans un premier temps, Olivier Veran s’efforce de contrer ces raccourcis. Il rassure : c’est une boîte à outils, pour plus tard, personne ne sera obligé de se faire vacciner.   

Ça ne suffit pas. L’après-midi, les téléphones chauffent au sommet de l’Etat. Olivier Veran est prié par l'Elysée de clore la polémique en renvoyant l’examen du texte aux calendes grecques. 

Incroyable paradoxe : au moment où Emmanuel Macron se répand dans les colonnes de l’Express pour fustiger la dictature de l’émotion qui paralyse l’action publique, l’exécutif y cède. Alors qu'il y avait des fondements rationnels à ce projet de loi ! Tirer les leçons de la 1ère vague pour donner juridiquement à l’Etat les moyens d’agir plus vite face à de futures pandémies, et pas que la Covid ! Et puis, ne faut-il pas un carnet de vaccination à jour pour partir en Guyane ? Se protéger soi et les autres contre une maladie, est-ce liberticide ?  

La peur du télescopage et de l’amalgame a été la plus forte… 

Exactement, et c’est assumé en coulisses. Rien ne doit venir polluer la campagne de vaccination. Tout déblayer avant dimanche, jour J de la vaccination, ultime espoir d’un retour aux "jours heureux". Et comme toute la stratégie présentée par Jean Castex au Parlement mi-décembre repose sur l’humilité - il ne faut brusquer personne, pas d’obligation vaccinale -, l’exécutif s’est retrouvé coincé.   

Et Marine Le Pen se frotte les mains ? 

A court terme oui. Mais elle se met dans un camp, et dans un corner. Elle qui était la première des politiques à sortir masquée, le 1er mai, pour fêter Jeanne d’Arc. La voilà maintenant qui penche du côté des sceptiques et anti-Vax. Aujourd’hui, qui oserait se balader sans masque dans un grand magasin ? C’est un acquis sanitaire, une évidence pour tout le monde. Dans quelques mois, les non-vaccinés seront-ils aussi incompris que les anti-masques ?  

Face à ce front, national, l’exécutif est piégé par sa propre stratégie du "pas de vague", selon laquelle ce n’est pas aux politiques d’être piqués en premier, pourquoi auraient-ils ce privilège ? Alors que la démarche est inverse de l’autre côté de l’Atlantique, où Républicains et démocrates défilent devant les caméras pour embarquer l’Amérique dans la campagne vaccinale. Stratégie offensive aux Etats-Unis, sur la défensive en France. Pourquoi Jean Castex ne montrerait pas l’exemple ? Une piqûre à la Une de Match, plutôt qu'une ballade dominical et familial dans les jardins de Matignon ! Le débat commence à monter, la chef de file des députés PS demande à l'exécutif de montrer l'exemple !  

Et Emmanuel Macron dans tout ça ? Des pages et des pages de disruptions à donner le tournis et d'essuie-glace conceptuels, dans L’Express : il y aurait du "en même temps" partout, même chez Pétain et Maurras, les intellectuels français seraient de la "mélasse".   

Et le vaccin, Mr le Président ? Pas un mot. Hé, oh, c’est fini La Lanterne. C’est dimanche que tout commence. On y va franchement ou à reculons ?

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