L’édito politique de Françoise Degois. _____L’invitée de France Inter ce matin est Valérie Pécresse, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse qui, comme beaucoup de politiques, semble actuellement victime d'une épidémie… l'épidémie des lapsus. Jusqu'à présent, un homme semblait détenir à jamais la palme du lapsus : Lionel Jospin, longtemps scindé entre lui et son frère, le PS et l'OCI. Son plus célèbre restant celui de 2002, lorsqu'il qualifie Jacques Chirac de vieux, usé, vieilli, fatigué. La polémique flambe, quelques jours plus tard, il présente son programme et lance à la foule « Voilà le programme que j'appelle de tout mes vieux ». La salle se gondole. Jospin vient de signer l'aveu de son obsession. Depuis quelques temps donc, le lapsus se multiplie. Victime spectaculaire de son inconscient : Valérie Pécresse. Le 9 février, elle annonce que le décret sur les enseignants chercheurs entrera en vigueur en 2010. Il était prévu pour septembre 2009. Panique à bord. Le gouvernement reculerait-il ? Non, non désolée, c'était un lapsus - elle rectifie quelques minutes plus tard. Et si au cœur d'une crise qui la secoue, Pécresse avait tout simplement voulu dire « allez... pouce... une pause barre chocolatée dans ce monde cruel !». Autre langue qui fourche : Martine Aubry, sur France Inter, la semaine dernière, quand elle qualifie Ségolène Royal d'ancienne Présidente de la République. Tout est dit dans ce lapsus sur l'obsession Royal. Plus simple, les lapsus de Nicolas Sarkozy. A Laurence Parisot qui lui demande de faire de la pédagogie et pas de la démagogie, le chef de l'état répond « mais je fais de la démago.... heu pardon de la pédagogie ». Au moins là, y'a plus de surmoi... limpide. Enfin, cette langue qui fourche plus inquiétante, émanant du nouveau ministre de l'immigration, Eric Besson. Fin janvier, il évoque l’invasion venue de l'Afrique, avant de corriger en parlant d'immigration... et rame. Eric Besson, rame… Ce soir là, on avait mal pour lui et on se demandait même si c'était bien le même Eric besson, qu'on avait côtoyé pendant des années dans les conseils nationaux du PS, si c'était lui ou bien son frère... Qu'est-ce qui se cache derrière le lapsus ? Je ne suis psychiatre car je commencerais d'abord par nous prescrire à tous une cure - ça urge ! Mais il y a d'abord quelque chose de rassurant dans ces lapsus. Les politiques seraient donc des êtres humains ordinaires ! On peut les tartiner de com, comme on tartine les enfants de crème au bord de la mer, à un moment donné, il y a toujours la parole libre qui crie « je veux sortir !!! » Et ça commence aussi à venir dans le monde de l'entreprise ! Là, j'imagine un débat fou entre Christophe de Margerie, Daniel Bouton et Akiyo Toyoda, le patron de Toyota où tout le monde irait de son lapsus, même en japonais. Le lapsus existe dans toutes les langues. Ca veut dire aussi que la pression média devient trop forte, sans parler du film piraté sur portable et qu'on retrouve sur daily motion. A l'ère du tout média, « l'animalus politicus », qui se croyait plus malin, « l'animalus politicus » souffre à la recherche d'un nouveau langage. Mais, je suis certaine qu'un méphistophélès de la com, a déjà noté cette tendance lourde au lapsus et qu'il murmure déjà à l'oreille de son ministre : « Essaie donc ce faux lapsus... pour dire du bien de ton adversaire tout en faisant comme si tu en disais du mal - ça peut être bon pour l'image. » On peut imaginer que l'anti com s'érige en modèle de com absolu. On en finira jamais. Voilà pourquoi cette chronique est parfaitement inuti....heu pardon... trés utile.

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