Tout le monde ou presque a été surpris que les sociétés civiles des ces pays montrent un tel visage, affichent une telle soif de liberté et de modernité. D’où vient cette cécité ? Les grandes formations de gouvernements, PS et UMP avaient, peu ou prou, le même regard. Le PS, dans l’opposition défend les droits de l’homme et se montre intransigeant vis-à-vis des dictateurs arabes. Le PS au pouvoir, dans le passé (ne préjugeons pas de l’avenir) avait fait sienne la réal politique traditionnelle de la Cinquième République. Claude Cheysson et Jean-Pierre Cot, les plus idéalistes (on disait encore tiers-mondistes à l’époque) des ministres des affaires étrangères et de la coopération ont fait long feu après 1981, remplacés par un Roland Dumas, qui aujourd’hui défend Laurent Gbagbo. Oublié bien vite aussi le beau discours de Mexico dit de Cacun de François Mitterrand en 81 sur la France, toujours aux côtés des peuples qui se libèrent. Hubert Védrine, le plus talentueux des chefs de la diplomatie sous la gauche (le gouvernement de Lionel Jospin entre 1997 et 2002) représente, lui, la forme aboutie d’un « réalisme » tempéré, très prudent, très solide aussi, respecté c’est vrai, mais dénonçant volontiers les irresponsables « droit-de-l’hommistes ». Ce qui comptait c’était la stabilité et une avancée vers la démocratie, d’accord, mais sans secousses. Et à droite?Avant 2007, l’UMP était divisée. Il y avait bien sûr les ultras dominants gaullo-pompidoliens. De vieux caciques qui entretenaient des rapports avec tout un tas de dictateurs, des rapports politiques, commerciaux, affairistes. Ce qui comptait par-dessus tout, là aussi, c’était la stabilité des régimes et leur fidélité à la France. Et aussi que ces peuples accèdent à une certaine prospérité pour acheter nos Peugeot et nos Mirages. Mais la droite avait aussi ses « droits-de-l’hommistes », qui disaient que les libertés étaient plus importantes que les contrats. Nicolas Sarkozy était de ceux-là. Il était flamboyant et déterminé, c’était en 2006… au millénaire précédent. Relisez (ou lisez) le discours de Cotonou du 24 mai 2006 (un de mes préférés). Un modèle du genre. Mais une fois au pouvoir, toute la droite « liberalo-idéaliste » se range au coté de la droite réal-politicienne. Michèle Alliot-Marie et Patrick Ollier en sont la caricature. Le mot d’ordre de 2007, « les droits de l’homme doivent être au cœur de notre diplomatie » est abandonné officiellement le jour de l’incroyable accueil de Kadhafi en France. Dans cette logique, le secrétariat d’Etat aux droits de l’homme a été supprimé. Les « réalistes » de l’Elysée qui se prétendent responsables, sérieux, étaient aveugles, muets et surtout sourds aux avertissements d’Amnesty ou Human Rights Watch. Ils considéraient avec condescendance et mépris les quelques écologistes comme Daniel Cohn-Bendit, qui s’agitaient au Parlement européen pour demander plus de distance avec les dictateurs arabes. « Naïfs, irresponsables, vous ferez le lit de l’islamisme, vous déstabiliserez le monde », voilà ce que disaient les pseudos réalistes qui avaient plus en horreur les soi-disants dictateurs de la transparence de Wikileaks, la tyrannie du net que les cleptocrates gavés de pétroles chez qui ils passaient leur vacances. Voilà pourquoi, en ce moment, ils sont toujours tragiquement en retard dans leur réaction. La faillite de la politique étrangère française d’aujourd’hui est aussi le fruit de cette sidération.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.