Par Jean-François Achilli.

L’élection présidentielle va-t-elle se jouer sur les valeurs ?

Quand vous discutez autour de vous des propositions des différents candidats, faites un quiz rapide : personne n’est vraiment en mesure de décliner avec clarté les programmes des postulants.

Ce qui revient le plus souvent de François Hollande, c’est la création de soixante mille postes dans l’éducation. Nicolas Sarkozy : la TVA sociale, une hausse des bas salaires au chiffrage contesté. Marine Le Pen : la sortie de l’euro. François Bayrou : le produire en France. Jean-Luc Mélenchon : le smic à 1700 euros. Eva Joly, la fin du nucléaire.

Mais les politiques publiques sont soumises à la réalité de la dette, aux contraintes de l’Union Européenne et à une loi des marchés, qui ignore ceux qui veulent refonder le capitalisme mondial ou déclarer la guerre à la finance. A défaut d’une nouvelle frontière ou d’un new deal, c’est sur le terrain des valeurs que peuvent se retrouver les électeurs, à défaut d’adhérer à d’improbables programmes.

Et il y a de vraies différences entre les candidats ?

Oui, c’est net.

Prenez Nicolas Sarkozy et ses « valeurs pour la France », à commencer par le travail source d’accomplissement, qu’il oppose à l’assistanat, il l’a martelé hier soir à Lille. Le candidat président veut renouer avec un électorat populaire qui s’est détourné de lui, un quinquennat et un million de chômeurs plus tard. Nicolas Sarkozy revendique également responsabilité et autorité, deux marqueurs de la droite.

François Hollande lui oppose vérité, mérite et solidarité. Dire la vérité, indissociable de la démocratie, selon le candidat du PS, c’est dénoncer une France qui serait abimée, trompée par des déclarations sans lendemain. Le mérite, que prône François Hollande, récompense le travail à sa juste valeur, sans passe-droit, ni privilège, aux antipodes de ce qu’impose la société libérale. Le candidat du PS enfin met en avant la solidarité, valeur éminemment de gauche.

Que partage François Bayrou, ce qui le rapproche, même s’il s’en défend, de François Hollande. Le président du Modem s’est opposé à Nicolas Sarkozy, « valeurs contre valeurs, c’est un choix de civilisation », a-t-il dit, en se réclamant d’un humanisme, qui fait que « chaque être est en soi un absolu ». L’humanisme mis en avant à gauche. C’est sur ce terrain que Jean-Luc Mélenchon s’est opposé à Marine Le Pen sur France 2 hier soir, notamment sur les droits des femmes. La candidate du Front National, qui défend, dans la lignée de son père des valeurs nationalistes, synonymes - elle le revendique - de rejet de l’étranger.

Vous pouvez désormais détourner ce slogan du passé : en France, on n’a pas de pétrole, mais on a… des valeurs, au fond bien plus que des idées. Face à la récession et à la tentation du repli sur soi, les valeurs dessinent la géographie politique de cette élection présidentielle, elles sont l’ADN des candidats, elles seules permettront les identifications et les ultimes ralliements, quand viendra la décision finale.

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