Bruno Le Maire a donc officialisé sa candidature.

Oui, il a choisi, de faire une vraie déclaration de candidature spectaculaire, dans un show de prédicateur américain (mais à Vesoul), donc ailleurs qu’à la télé dans un 20 heures, comme ses concurrents. Il lui faut ce moment où l’on prononce ces mots d’une incroyable prétention « je suis candidat à la présidence de la République », parce qu’il n’a pas encore la tête d’un président. La tête d’un président, en France c’est une tête de vieux. Il dit ne pas croire en l’homme providentiel, mais sacrifie pourtant à ce rite de l’appel, comme le veut l’idée gaullienne, selon laquelle la présidentielle c’est la rencontre d’un homme, d’un peuple, et de circonstances ! Daniel Cohn-Bendit dit que cette élection rend fou la moitié de la classe politique. A l’évidence Bruno Le Maire a un petit grain. Par exemple il a pu dire en janvier dernier « dans des temps ordinaires, je n’aurais aucune chance. Comme les temps sont extraordinaires, je vais gagner ». Il le lui faudra ce petit grain parce que sur le papier il est l’archétype de ce que, à priori, les français ne veulent plus. L’archétype de l’élite à qui tout échoit. Né à Neuilly/Seine d’une bonne famille bourgeoise, il a eu toutes les clefs, tous les codes dans son berceau. Il en convient d’ailleurs avec une certaine honnêteté, il n’essaie pas de se construire un autre personnage couturé. Il va tenter de convaincre que ces dernières années à sillonner la France lui ont permis de se rapprocher du peuple, de toucher du doigt la désespérance sociale du pays. Alors que la France a besoin que son élite soit sociologiquement plus variée, Bruno Le Maire demande une dérogation.

Que représente-t-il, idéologiquement, à droite ?

C’est encore un flou stratégique entretenu. Il prône à peu près la même chose que les autres candidats à la primaire : un remède économique et social de cheval, il est ferme sur les questions de laïcité mais pas obsédé (il est même agacé) par les thématiques identitaires et il porte une forte attention à l’éducation. Assez famille-nombreuse-traditionnelle, il n’est pourtant pas contre le mariage pour tous, et depuis le début. Littéraire, il veut renouer avec la tradition des présidents qui ont une certaine épaisseur culturelle. C’est sur la façon de faire de la politique qu’il veut se démarquer, même si ses idées de non cumul et l’obligation faite aux élus de démissionner de la fonction publique (quand ils en sont issus) ne feront pas passer la gouvernance de l’ombre à la lumière. L’analyse de Le Maire est simple : Les Français veulent deux choses contradictoires : être rassurés dans ce monde dangereux et un profond renouveau du monde politique. Ce cocktail –pense-t-il-exclu Nicolas Sarkozy. Si les électeurs de la primaire, conscients de choisir très certainement le prochain président, veulent d’abord être rassurés, ce sera Alain Juppé. Si, en revanche, c’est le souhait du renouveau qui l’emporte, alors Le Maire a toutes ses chances (même si ce n’est pas non plus un punk et s’il mène sa barque politique de la façon la plus classique qui soit). C’est son pari en tout cas. Et après tout, il n’est pas nécessaire d’avoir un petit grain pour estimer que ce pari n’est peut-être pas si fou.

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