Ce matin vous vous intéressez à deux binômes : Macron/Bayrou et Melenchon/Hamon

Oui, deux binômes qui représentent chacun un voisinage idéologique avec, d’un côté, une union prometteuse et de l’autre, comme s’ils ne prenaient pas la mesure de l’enjeu, une trajectoire de division et de fiasco digne d’une guerre de groupuscule d’extrême gauche. L’image responsable de François Bayrou et Emmanuel Macron, hier, expliquant leur volonté de pluralisme respectueux et de renouvellement, autour de l’un d’entre eux, tranchait avec celle de leurs deux concurrents de la gauche, chacun arque-bouté sur ses 11 à 15 % inutiles. Et pourtant, si le couple Macron Bayrou a les atours d’un couple conquérant et gagnant, si leurs sourires enjôleurs parlent plus de l’avenir que les mines crispées des deux compères socialistes et insoumis, il y a quelque chose d’assez significatif de nos institutions personnalistes dans leur démarche. Macron et Bayrou sont deux aventuriers personnels, deux individus qui s’entendent. Leur démarche d’hommes seuls ne devient collective que pour leur service. Il peuvent s’entendre par le seul bon vouloir, sans en référer à personne et leur appareil, fait pour eux, doivent suivre, suivent et en sont ravis ou se taisent. Bien sûr ils affirment qu’ils veulent inaugurer –une fois élus- une façon de gouverner plus démocratique, laissant plus de place à la diversité, au compromis, plutôt qu’au rapport de forces partisan. Ils se servent de la verticalité qu’exige la Vème République et cette élection qui est la rencontre entre un homme, le peuple et des circonstances pour mettre en œuvre (disent-ils) une fois à l’Elysée une gouvernance plus horizontale. Et d’ailleurs peut-être le feront-ils ! Le personalisme au service de la modernité, l’aventure individuelle pour promouvoir le collectif… c’est assez contre-intuitif, c’est assez dérangeant pour qui croit à une démocratie adulte et mature. L’homme providentiel du XXI siecle est cool et ouvert mais ça reste quand même un homme providentiel.

Hamon et Mélenchon ne sont pas dans cette logique ?

Hamon surtout. Il est l’homme d’un collectif, d’un parti. Les détracteurs du régime des partis diront qu’il est l’homme d’un appareil mais au moins il veut rompre, et le dit, avec la logique néo-monarchiste de l’homme providentiel. Mélenchon, c’est plus complexe. Tout est basé sur son aura, son charisme et son talent de dialecticien et d’orateur. Mais il s’inscrit quand même dans une lignée, une histoire politique, incarne un courant. Son aventure est aussi collective et il dénonce aussi (de façon, là encore, contradictoire mais pas forcément insincère) le mythe de l’homme providentiel, notamment en proposant une VIème République dans laquelle le Président n’aurait pas tous les pouvoirs qui sont les siens aujourd’hui. Les candidats issus du collectif et attachés à la culture du collectifs se divisent, les candidats qui représentent l’aventure personnelle s’unissent. Voilà une situation intellectuellement bien étrange, troublante, du point de vue du fonctionnement de notre démocratie, et à propos de laquelle je dois avouer que je n’ai pas d’autre conclusion à tirer que le fait de souligner cette bizarrerie ! On n’a pas tous les jours des réponses…même quand on est payé pour !

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