Gouvernement versus maire EELV de Lyon : quand un plat de résistance à la cantine devient affaire d'Etat.... (soupir)

Grégory Doucet, maire de Lyon
Grégory Doucet, maire de Lyon © AFP / Nicola Vigilanti / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Il y a 3 semaines, l'Affaire du Siècle (du nom de ce collectif de citoyens et d'associations de défense de l'environnement), c’était la condamnation de l’Etat pour inaction climatique. Une première devant les tribunaux. L’exécutif fait profil bas, prend "acte", vante son plan de relance écologique et la loi climat à venir.

Depuis dimanche, la grande "affaire", c’est ce menu sans viande qui serait infligé à 29 000 Lyonnaises et Lyonnais en herbe, par un "khmer" vert, anti-tour de France, Grégory Doucet. Pas moins de trois ministres, dont celui de l’Intérieur, pour crier au scandale et recycler la rhétorique anti-Amish. Il n’y a pas de salon de l’Agriculture cette année, alors l’exécutif occupe le terrain autrement : la défense des éleveurs passe par un nouvel EELV-bashing. Tant pis si c’est au ras des pâquerettes et au prix d’une bruyante cacophonie.  

Car revenons au sujet, sur le fond. Celui du protocole sanitaire dans les cantines. Vu les contraintes (de nettoyage, de distanciaton étendue à deux mètres), tous les maires vous le diront, c’est une prouesse, chaque jour, de continuer à faire manger assis, au chaud, en deux heures, avec roulement, tous les élèves de France. Pique-nique froid ou menu unique, c’est souvent la seule alternative. Et dans le menu unique, on met quoi ? Ce qui peut satisfaire le plus grand nombre. Le premier des macronnistes, le lyonnais Gérard Collomb, a opté pour le sans viande l’an dernier, et ça n’a pas fait de bruit. Son successeur, lui, prend la foudre (et voit son prédécesseur manifester contre lui avec les syndicats agricoles !) 

Pourtant, Grégory Doucet appuie sa décision sur des questionnaires envoyés aux parents d’élèves, consultés sur les choix culinaires. Près d’une famille sur deux ne souhaitait pas de viande. Et puis, la décision est temporaire : il y aura de nouveau du choix quand tout sera revenu à la normale. 

Alors pourquoi l’exécutif en fait tout un fromage ?  

La campagne, déjà. Renvoyer les élus écologistes à leur prétendu dogmatisme. Confidence d’un ministre : "Ils sont naïfs, autoritaires, alors on ne va pas s’gêner !" Nouvelle déclinaison du slogan : écologie du progrès contre décroissance punitive. Mais tellement gros sabot que le soi-disant camp du progrès devient celui des fake news ! Démontées par qui ? La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili : la "préhistoire", c’est vous, dit-elle à ses propres collèges ! Poussée de fièvre chez les marcheurs qui s’improvisent nutritionnistes et s'envoient des protéines (animales et végétales) à la figure. Jean Castex (privé de tribune car le Parlement est en vacances cette semaine) demande, par écrit, à ses ministres de rester à l’écart des polémiques "autoportées". Quant à Emmanuel Macron, en visite hier dans une exploitation agricole de Côte d'Or, il tente la synthèse entre "légumineuses et viande de qualité" : "Bien se nourrir (....) sans invectives ni interdits".  

Viande de qualité ? Dans ce cas, il faudrait questionner nos traités commerciaux, Ceta et Mercosur, réorienter la PAC, ne pas laisser les centrales d’achat faire la loi. Plus complexe que de montrer du doigt le grand méchant vert. Côté majorité, il va devenir urgent d’accorder les violons avant l’examen de la loi climat au Parlement. L’exécutif est pessimiste : "quoiqu’il arrive, on apparaîtra toujours comme les moins-disants", me confiait un responsable de la REM. 

Réglage nécessaire aussi dans la doctrine macronniste : de l'islamo-gauchisme aux menus dans les cantines, l'impression que tout le monde s'exprime en ce moment avec les réflexes de sa famille politique d’origine.   

Enfin, un peu de décence, s'il vous plaît : près de 700 millions de Terriens sont aujourd'hui sous-alimentés selon l’ONU… Ils seront 150 millions de plus d'ici dix ans, d'après les projections. A Lyon, les enfants ne meurent pas de faim. Alors, stop aux diversions politiciennes.

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