La crise ? Mais quelle crise ? De quoi me parlez-vous ? Du krach boum hu qui a fait vaciller le monde de la finance en début de semaine ? Non, vraiment, je ne vois pas, disparue de la Une. Allez hop, glissez-moi ça sous le tapis. Hoh hop... Les bourses reprennent du poil de la bête, le Dragon chinois affiche un taux record de croissance : 11,4%. Mais de quoi me parlez-vous donc ? Ah oui !!!! De la petite secousse sismique de lundi ??? Ah, bien sûr, vous savez, comme dans ces immeubles, à Tokyo, vous êtes entrain de prendre le thé, la terre tremble, l'immeuble de 50 étages se balance comme un roseau dans le vent, et vous avec, il se remet en place, et vous reprennez votre tasse de thé. Est-ce à dire que la terre est guérie, qu'elle ne tremblera plus ? Bien sûr que non ! Deux sentiments contradictoires ce matin en balayant les nouvelles du monde, sur mon ordinateur. Un soulagement pour la simple mortelle que je suis, qui parle le langage boursier à peu près aussi bien que l'ouzbeck mais qui a bien compris, comme quelques milliards d'habitants de la planète que ces visages anxieux dans les salles de marchés, ces mines de tristes sires, portables scotchés à l'oreille, n'auguraient rien de bon où que l'on vive, même au Bouthan. Soulagement d'avoir maîtrisé techniquement le krach. Soulagement donc mais aussi révolte, ras le bol, ras la patate, des prédateurs de la finance qui écument le monde, en toute impunité, qui refilent de la viande avariée dans leurs montages de plus en plus sophistiqués à des banques uniquement obsédées par la rentabilité. Ah, la rentabilité !!!! Le summum de l'avidité, qui comme chacun le sait, ne peut jamais être rassasiée. Plus on mange, plus on a faim et on mange partout, tout le temps, sur les petits, les moyens, les gros, l'essentiel étant de manger pour pouvoir manger encore plus, de refiler du crédit, ou l'envie de crédit, comme on refile une dose d'héroine à un junkie en manque, des banques qui ne contrôlent plus rien, ne régulent plus rien et se réveillent un beau matin, piégées par le propre jeu dont elles ont elles mêmes distribué les cartes. Et comme naturellement, une banque ne se refait jamais une santé sur le dos de ses actionnaires, elle visse... tout... pour vous, moi, les entreprises... le vulgum pecus... la piétaille qui ne pipe rien à cette mécanique du diable mais a bien comrpis qu'il y quelque chose de pourri au royaume de l'argent roi et que les politiques de tout bord ont tout simplement abdiqué devant ce libéralisme boursouflé. Epoque forte et convulsive mais malheureusement médiocres, si médiocres dirigeants ! Et pendant ce temps, que font nos prédateurs ???? Bien propres sur eux, bien calés dans les matelas de leur bonus, bien douillet dans leur week-end à Genève, bien rassurés par leur joli carnet d'adresses, leurs jeux d'influences, leur cynisme maquillé par de grands mots ? Je sais, je pousse, mais on n'en est pas loin ! Et bien, nos prédateurs, après une petite frousse, devraient repartir vaquer rapidement à leur occupation préférée : faire de l'argent. Comme le dis Joseph Stiglitz, le pire est devant nous. Crise financière, crise bancaire, crise de confiance - 3 éléments qui ne poussent pas vraiment à consommer, surtout quand son pouvoir d'achat fond comme neige au soleil et que les caisses sont vides. Toute la stratégie de Nicolas Sarkozy consiste à atténuer la violence de la crise, dont il n'est évidemment pas responsable, pour passer l'étape politique des muncipales en limitant les dégâts. Toute la stratégie de la gauche consiste au contraire à alerter sur un plan de rigueur qui paraît inévitable, avant les municipales. C'est l'effet papillon ou comment un financier cupide de New York, Shangaï ou Bombay peut faire basculer Toulouse ou Bordeaux dans l'escarcelle du PS. Le monde est décidément un petit village, planté sur un volcan qui sommeille. Gare au réveil. Une chronique de Françoise Degois .

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