**Vous revenez ce matin sur les chiffres de l’insécurité rendus publics par Brice Hortefeux en fin de semaine dernière...Oui c’était jeudi dernier au 20 H de TF1, Brice Hortefeux y a fait un numéro digne des vendeurs d’épluche-patates magiques sur les marchés. Le ministre a sorti de sa serviette un panneau cartonné avec le chiffre de la délinquance. Un truc de communication comme Valéry Giscard d’Estaing les avait inventés jadis dans ses interventions télévisées ou bien que l’on voyait lors de ces incroyables numéros de l’émission « Parlons France » qui n’invitait que le premier ministre Fabius dans les années 8O. On y montrait toujours des courbes avantageuses grâce à un savant ordonnancement des abscisses et des ordonnées. Là, Brice Hortefeux nous montre que le chiffre de la délinquance monte jusqu’à l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur en 2002 et, hop, qu’il baisse depuis… c’est rouge qui fait peur avant, c’est bleu qui rassure après ! Le problème c’est que ce chiffre est malléable à l’envie. Il est composé à partir des statistiques de 107 infractions différentes. Il regroupe aussi bien la délinquance subie, que la délinquance d’initiative, c'est-à-dire révélée par l’activité des services (par exemple en matière de trafic de drogue). Il suffit de freiner ici ou là, temporairement, l’activité de tel ou tel service pour faire descendre le chiffre global. Parmi les 107 infractions, il y a aussi bien la délinquance en col blanc que les violences aux personnes. Il se trouve que la violence ressentie par la population, celle qui pourrit la vie et qui accroît le sentiment d’insécurité c’est, évidemment, la violence aux personnes. C'est de celles-là qu'on parle quand on parle de l’insécurité et non pas des homicides, par exemple, qui décroissent depuis des décennies régulièrement. Et bien la violence aux personnes augmente de 2, 5% à 3% chaque année depuis 2005. Vous dites que ce chiffre est manipulable mais, est-ce à dire que le gouvernement triche ?Non, il en arrange un peu la présentation par exemple avec ce joli panneau de carton spécial 20H pour TF1 mais la manip' se fait tout naturellement, à tous les niveaux via la culture du chiffre. La pression du résultat chiffré imposé par le Président aboutit à une statistique biaisée. Chaque acteur de la sécurité est sous pression. Certains commissariats, par exemple, interrompent la comptabilité le 25 d’un mois particulièrement mauvais pour répartir les infractions d’après le 25, sur d’autres mois. Et surtout il y a le fameux code Q, bien connu des policiers. Le code Q regroupe les infractions qui ne sont pas dans les 107 qui composent le chiffre global. Par exemple la tentative de vol d’un véhicule fait partie du chiffre global, mais la dégradation d’un véhicule, non. Il fait parti du code Q. Il suffit de classer une tentative de vol d’une voiture dans la catégorie dégradation, et voilà. Le code Q, si vous voulez, est au policier ce que le tapis sous lequel on met la poussière est à la ménagère indélicate. On peut aussi dissuader une personne de déposer plainte. Les policiers appellent ça « shooter une plainte ». Chaque niveau de l’administration chargé de la sécurité a ses petites et misérables combines pour masquer et offrir au ministre un « village Potemkine » de la sécurité en France. Ou alors c’est du Guy Debord : « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles ».**

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