Selon vous le 2nd tour Hamon/Valls est un épisode de la guerre des 2 gauches d’un genre bien particulier.

Oui, il ne s’agit pas des 2 gauches habituelles : l’interventionniste keynésienne d’un côté et de l’autre une gauche social-démocrate, réformiste, sensible aux équilibres budgétaires. Il s’agit plutôt de l’opposition entre 2 versions de l’héritage rocardien. L’un (Hamon) prend à Rocard l’ingénierie sociale innovante, l’audace sociétale, l’autre (Valls) retient le sérieux budgétaire, le sens de l’Etat et la conscience des contraintes. On avait l‘habitude, s’agissant du PS, d’opposer les classiques qui voulaient plus d’Etat, plus de relance pour alimenter le moteur de la croissance, à l’autre gauche, plus social-démocrate (rocardienne donc), appelée aussi 2èmegauche (dans les années 70 et 80). Cette gauche-là faisait plus confiance à la société, au syndicalisme réformiste et au monde associatif pour réduire les inégalités et imposer un monde plus juste. Cette gauche-là se dit pragmatique en même temps qu’imaginative et se prétend mieux armée pour assumer le pouvoir, en rupture avec l’esprit contestataire de la 1èregauche.

M.Valls est l’héritier naturel du rocardisme, non ?

De prime abord oui. Il fut un proche de Michel Rocard et se situe très clairement parmi les sociaux-démocrates. Il se sépare, cependant, de cette culture par une forme d’autoritarisme républicain qui semble laisser moins d’initiatives aux acteurs sociaux et réclamer plus de force à la puissance publique, au moins sur les questions régaliennes. Mais B.Hannon (qui a aussi été jeune rocardien) n’est pas –bien que frondeur- le représentant de la 1èregauche. Il brise un tabou, une matrice essentielle de la gauche socialiste classique : la croissance. Il introduit l’écologie comme axe prioritaire de son projet et, en proposant le revenu universel, rompt avec la sacrosainte valeur travail de la gauche industrialiste, productiviste et redistributrice. Hamon introduit pour la 1èrefois le loup écologiste dans la bergerie socialiste. L’écologie est d’ailleurs en passe de devenir le prochain thème liant qui pourrait réconcilier un jour toutes les gauches éclatés (Rocard, d’ailleurs, était devenu très écologiste à la fin de sa vie). B.Hamon tire sa dynamique de cette intuition qui a du sens pour une bonne partie du peuple de gauche, au moins parmi les jeunes actifs et les urbains qui constituent le gros du contingent des votants à la primaire. L’écologie perce partout à gauche. Présente déjà en 2012 dans le projet de JL Mélenchon, ce qu’il appelle « planification écologique » constitue la matrice du programme économique de la France insoumise de 2017. Du côté d’E.Macron, l’idée progresse sous l’impulsion notamment de D.Cohn-Bendit. Macron tient maintenant la transition énergétique comme un axe essentiel de la modernité qu’il souhaite incarner. C’est sans doute parce que l’écologie était au cœur de son projet que Hamon est arrivé en tête. Le duel Valls/Hamon n’est donc pas un duel entre les 2 gauches que l’on oppose généralement mais plutôt entre 2 versions d’une sorte de néo-rocardisme. Voilà pourquoi, au-delà du face à face de 2 personnalités fortes, le débat de demain soir devrait être particulièrement intéressant.

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