La campagne de publicité politique lancée hier par le gouvernement pour vanter ses mesures en faveur du pouvoir d'achat est sur tous les écrans télé depuis hier soir, et elle n'est décidément pas banale ! "Pouvoir d'achat vous êtes impatients ? Nous aussi !" Et ces doigts qui tambourinent... Impatients ? "C'est qui qui dit qui y est" comme on dit dans les jeux d'enfants, et cette pub est extra- ordinaire pour cela, elle dit tant de la situation d'impatience du gouvernement, voire d'affolement. Car que les Français soient impatients du porte monnaie, qu'ils ne se satisfassent pas de la hausse fort modérée de leurs salaires, du non coup de pouce au Smic, et du hiatus grandissant entre leurs revenus qui stagnent et les prix de l'essence, du gaz, des fruits et légumes et du pain qui s'envolent, on pouvait s'en douter, pas besoin de faire une campagne de pub sur le sujet... Non, ce que le Service d'information du gouvernement, à l'inititiative de cette publicité politique, a surtout dévoilé - et c'est rare franchement cet aveu sans fard - c'est que le président et le gouvernement n'en peuvent plus d'attendre des résultats ! C'est leur impatience qu'ils mettent en scène ! Quoi, on aurait fait tout cela, toutes ces réformes et ça n'aurait servi à rien ? Pas possible, ni Nicolas Sarkozy ni François Fillon ne veulent y croire, alors ils disent aux Français leur Impatience. "Défiscalisation des heures sup, exonération d'impôt pour les jobs étudiants, caution raccourcie à un mois pour les loyers, crédit d'impôt au titre d'intérêt d'emprunt, c'est nous, c'est nous qui l'avons fait ! Sachez le ! Bon, et bien maintenant, consommez..." Il faut avouer que sortir des caisses de l'Etat plus de 4 millions d'euros pour rassurer l'exécutif sur la justesse de sa politique, c'est peut-être un peu cher payer, c'est très narcissique. Mais enfin, a-t-il franchement le choix ? Il a d'abord, beaucoup à se faire pardonner en terme de com' justement, lui qui en est si friand, entre son incapacité à rétorquer quoi que ce soit à la gauche qui assène depuis près d'un an que le pasquet fiscal de juillet dernier n'était destiné "qu'aux riches", et la malencontreuse confession "les caisses sont vides" du président début janvier, il fallait faire quelque chose pour redresser l'image. Ce n'est pas neutre l'image, car il s'agit de tenter de redonner confiance aux consommateurs quand ce sont eux qui jusqu'à présent tiraient la croissance, à un moment justement où les prévisions ne sont guère optimistes. Le baromètre sur la politique éco du gouvernement réalisé par l'institut BVA pour France Inter et "Les Echos" est un nouveau coup de massue ce matin pour l'Elysée. Avec seulement 28% de bonnes opinions, cette popularité est à son plus bas niveau depuis l'élection de Nicolas Sarkozy - autant dire qu'il n'y a pas que l'image à redresser, il s'agit évidemment de convaincre sur le fond de l'efficacité des réformes menées. Le gouvernement a choisi de jouer de façon décomplexée sur l'impatience des Français et sur la sienne, il fait ainsi le curieux aveu de sa fébrilité, il prend aussi un sacré risque. Celui d'avouer d'abord que jusqu'ici, ça n'a pas franchement marché sa politique, c'est rare finalement de s'adresser aux déçus quand on fait de la pub ! Celui aussi de nourrir la frustration. Si les téléspectateurs de la pub ne voient rien venir de concret rapidement, ce n'est plus d'impatience dont ils pourraient faire preuve, mais de colère. Elle n'a l'air de rien cette pub, mais elle joue avec le feu.

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