Après les médias et le foot... le mercato des ministres. Et cette année, le mercato n'a pas beaucoup de signification politique. Si ce n'est la fin de l'ouverture. On n'a pas débauché dans d'autres clubs. Le casting évolue un peu mais au total, c'est assez classique. Souvenez-vous, la gouvernance moderne de Nicolas Sarkozy ça devait être un gouvernement resserré. Au fil des mini remaniements et avec celui d'hier, nous voilà affublé d'un bon gros gouvernement bien pléthorique, à l'ancienne : 38 membres. Comme d'habitude on joue un peu avec les nominations de façon légère. Frédéric Mitterrand n'était pas nommé depuis plus d'un an à la tête de la villa Médicis qu'il est bombardé à la culture. Brice Horteufeux, six mois de ministère des affaires sociales en pleine crise sociale. Christian Estrosi, à l'industrie. Alors il faut quand même souligner, toujours dans la veine de la rupture perdue et des promesses envolées, que pendant la campagne des municipales, il avait juré que s'il était élu maire de Nice, bien sûr il se consacrerait à sa ville et ne postulerait plus à un poste au gouvernement. On remarquera le transfert de Rama Yade aux sports. Trop populaire pour être remerciée, trop exaspérante aux yeux du président pour être maintenue. Au passage, on notera le symbole : il n'y a plus de secrétariat d'Etat aux droits de l'homme. Soit ce poste n'était qu'un prétexte, soit on a définitivement basculé dans une real-politique pur jus ? Enfin, l'intégration d'un jeune joueur de talent élevé au club - Benoist Apparu, au logement - et une promotion méritée - Bruno Lemaire, c'est une bonne chose, un spécialiste de l'Europe à l'agriculture. Pas de nouvelle vague d'ouverture. Michel Mercier, centriste inconnu du grand public, ne fait que rentrer au bercail de la droite. Quant à Frédéric Mitterrand, c'est de l'ouverture patronymique. Dès 1995, il appelait à voter pour Jacques Chirac. Avoir un Mitterrand dans son gouvernement doit procurer à Nicolas Sarkozy un petit frisson que seul le pouvoir permet. L'ouverture est morte de ne plus être alimentée. Parce que, les ministres issus de l'ouverture se diluent dans le sarkozysme comme le sucre dans le café. Ou plutôt comme la saccarine parce qu'elle ne rend pas le café plus sucré ni le gouvernement plus à gauche. Eric Besson mène exactement la même politique que s'il avait milité toute sa vie à la section Neuilly-centre de l'UMP. Bernard Kouchner - il était à fond pour l'entrée de la Turquie dans l'Europe - mais visiblement, il était encore plus à fond pour l'entrée de Bernard Kouchner dans le gouvernement. Fadella Amara. Belle prise qui devait accompagner le fameux plan Marshall pour les banlieues. La prise est là, toujours pas le plan. Au moins est-elle débarrassée de son ennemie de l'intérieur, Christine Boutin, qui quitte le gouvernement. Et puis il y a le cas Hirsch. Martin Hirsch. C'est sans doute le seul cas de vraie ouverture parce qu'en réalisant le RSA, il a entrainé, dans un domaine précis, une politique différente (du vrai sucre, pas de la saccarine). La logique aurait voulu que l'ouverture se manifeste cette fois ci par une nomination de poids d'une personnalité écologiste. Ce n'est pas le cas. Le Président n'a quand même pas osé nommer son ami Claude Allègre qui conteste les analyses habituelles sur le réchauffement climatique. Mais attention, toutes les considérations que nous venons de développer sont à relativiser, au moins autant que le rôle et la responsabilité des ministres a été relativisée ces deux dernières années par la concentration des pouvoirs à l'Elysée. Le vrai garde des sceaux s'appelle Patrick Ouart. Le vrai ministre des affaires étrangères s'appelle Jean-David Lévitte. Le vrai ministre de l'intérieur s'appelle Claude Guéant. Tous trois sont à l'Elysée... vous savez, là ou siège le président-premier ministre.

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